30 ans de la Cour constitutionnelle : Louise Angué se moque des opposants pauvres ?

Par Brandy MAMBOUNDOU / 27 fév 2022 / 0 commentaire(s)
Une vue du bâtiment de la Cour constitutionnelle.

Le 24 février, alors que Marie-Madeleine Mborantsuo organisait le 30e anniversaire de la Cour constitutionnelle pour évaluer l’apport de la haute juridiction dans la construction d’un Etat de droit démocratique, Louise Angué a animé une conférence où elle a fait une anecdote qui n’était pas loin d’être injurieuse…

A l’auditorium, alors que la Cour constitutionnelle faisait sa rentrée solennelle de l’année, la haute juridiction festoyait simultanément sur ses trente ans d’existence. A la tête de l’auguste institution, trône la figure presque messianique de Marie-Madeleine Mborantsuo qui fêtait aussi ses trente ans de présidence de ladite Cour. Alors, on pouvait légitimement se demander si on fêtait les 30 ans de la Cour constitutionnelle ou les 30 glorieuses de Marie Madeleine Mborantsuo, mais passons !

Le 25 février à la Cour constitutionnelle, la place était faite à un colloque rempli de deux conférences ; la première animée par le professeur Jean Joseph Tramoni qui a entretenu l’assemblée nombreuse sur « la Cour constitutionnelle et le contrôle de constitutionnalité ». Assez théorique, la conférence pouvait s’assimiler à un séminaire de niveau Master Droit. Ce qui n’enlève en rien son intérêt, d’autant plus que sur le plan pratique, il a évoqué les conditions de crédibilité de la Cour constitutionnelle ; parmi elles, l’impartialité des juges. Tout Gabonais né avec un cerveau dans le crâne sait que l’impartialité des juges constitutionnels fait défaut dans notre Gabon. Mais passons encore !

La deuxième conférence était animée par Louise Angué, juge constitutionnelle, sur « la Cour constitutionnelle et le contrôle de la régularité des élections ». Exposé pédagogique à l’intention des hommes et des partis politiques, il était instructif même si tout Gabonais né avec un cerveau dans le crâne sait que la régularité des élections au moins dans le Haut-Ogooué a été problématique en 2016… Pendant son exposé, elle fait une anecdote sur les représentants de certains acteurs et partis politiques dans les bureaux de vote. Elle a raconté que certains parmi eux ne savaient pas lire le français et portaient même des paires de babouche, dévoilant ainsi leur état de pauvreté. Sur ce dernier cas, elle a insisté pour dire que si des acteurs politiques envoient des pauvres pour les représenter, il ne faut pas être surpris qu’ils cèdent aux « sandwiches », l’autre nom de la corruption.

La juge constitutionnelle devrait-elle parler ainsi ? Non. Pourquoi ? Parce qu’en parlant ainsi, elle donne carte blanche aux corrupteurs pour corrompre les pauvres, affirmant malgré elle que c’est l’argent qui détermine les résultats du vote. A la vérité, Louise Angue interdit d’être pauvre financièrement même quand un citoyen veut exercer son droit, oubliant que le scrutateur ou le représentant pauvre peut croire en la puissance du bulletin de vote. Aussi aurait-elle dû plutôt dénoncer ceux qui ont l’argent pour corrompre et ceux qui portent les babouches pour être corrompus. Puisqu’elle s’est autorisé une leçon de morale démontrant une complaisance à l’égard des corrupteurs, eux-mêmes savent où ils gagnent l’argent, il eût été plus pertinent, en tant que juge constitutionnelle, qu’elle condamna le pouvoir de l’argent sur le bulletin de vote. Il suffit de peu pour rater une communication… Mais au pays d’Omar Bongo, d’Ali Bongo et de Marie-Madeleine Mborantsuo, on plaisante avec tout… sauf avec les résultats électoraux !

Vichanie MAMBOUNDOU

Article du 27 février 2022 - 11:49pm

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