Au regard du torrent d’hommages des francs-maçons à Hamed Bakayoko: A quoi servent les francs-maçons gabonais ?

Par Dess BOMBE / 22 mar 2021 / 0 commentaire(s)
Hamed Bakayoko était un franc-maçon au sens noble du terme.

Le défunt Premier ministre ivoirien, reconnu comme un pont entre ceux qui ne se parlaient pas, a été emporté par un cancer. Les francs-maçons lui ont rendu un vibrant hommage à Abidjan, lors des obsèques nationales ayant reçu politiciens et artistes du continent. Inévitablement, cela soulève la question de l’importance des cultes maçonniques dans le quotidien, particulièrement au Gabon où l’humanisme ne semble pas prendre pied.

Bakayoko et le cœur du franc-maçon !

A 56 ans, il apparaissait comme débordant d’ambition. Peut- être se voyait-il même comme le digne successeur d’Alassane Ouattara. Mais la maladie a coupé net cette ambition. Les Ivoiriens sont tétanisés, meurtris, tout comme les membres de la puissante Grande loge de Côte d’Ivoire (GLCI) qui a annoncé des vacances après avoir appris le décès, le 10 mars, du grand maître. Ahmed Bakayoko était, en effet, à la tête de la GLCI depuis 2015. Et les frères d’Afrique lui ont rendu hommage en fonction de cette qualité. « Ce qui fait la grandeur d’un franc-maçon, c’est le témoignage que l’on rend de sa vie au terme de celle-ci », écrit Me Aurélien Obodji Blé, lui-même maçon, qui lui rend un des hommages les plus remarquables dans L’Intelligent d’Abidjan, le 18 mars.

Justement, ce que ses frères retiennent de lui c’est son humanisme, sa connaissance et sa discrétion. Et son aura a fait briller la franc-maçonnerie ivoirienne : « Sa vie d’homme public va rejaillir sur la maçonnerie, qui sera moins discrète, plus ouverte sur la politique qui est loin d’être l’un de ses idéaux », poursuit Aurélien Obodji Blé, qui ne tarit pas d’éloges à l’égard de l’homme qui aura été ministre de l’Intérieur, de la Défense, puis Premier ministre. Pour le distinguer davantage, il poursuit : « Tout ministre qu’il était, il n’a cessé de fréquenter la loge alors qu’il aurait pu, en raison de son carnet d’adresses désormais fourni, quitter les rangs. C’est l’évidente preuve que cet homme n’était pas venu pour se servir. En lui persistaient cette soif de connaissance et ce besoin inaltérable de fraterniser avec des hommes avec qui il avait en partage les idéaux d’harmonie fraternelle, de foi commune en l’humanité et en l’humanisme. »

Peut-on en dire autant de Rose Christiane Ossouka Raponda, la Première ministre gabonaise, qui a pris part à ces obsèques ? Pas sûr ! On ne pourrait même pas le dire de Michaël Adamou Moussa, le ministre de la Défense, de Lambert Noël Matha, le ministre de l’Intérieur ! Et dire qu’Issoze Ngondet, ancien Premier ministre d’Ali Bongo, a été inhumé presque dans l’anonymat en 2020, au prétexte d’une crise sanitaire de la Covid-19 qui ne fait pas plus de dégâts ici qu’en Côte d’Ivoire !

Des francs-maçons gabonais œuvrant pour le statu quo

En 2016, Jeune Afrique dénombre 1 500 francs-maçons au Gabon. Nul doute que ce chiffre a augmenté entre-temps, même si, il faut l’avouer, la franc-maçonnerie, au-delà du culte du secret, n’exerce plus sur l’élite gabonaise montante la même magie que dans les années 1990 et 2000. La faute à un affaissement des ambitions nationales, au point que le pays a perdu l’auréole qu’il avait autrefois.

Pour le confirmer, il suffit de s’en tenir au nombre des Gabonais s’étant établis à l’étranger et d’autres qui nourrissent le désir ardent de sauter du bateau.

Quand la question se pose – à quoi servent les francs-maçons gabonais ? – Jeune Afrique apporte une réponse édifiante, en même temps que ce média proche des pouvoirs africains égrène quelques noms battant pavillon « Grande Loge du Gabon » ou « Grande Loge Symbolique », les deux obédiences du pays. Dans un article signé de François Soudan et Georges Dougueli en mars 2016, Jeune Afrique raconte que la franc-maçonnerie a évité la guerre au moins dans les années 1990, lorsque la conférence nationale appuya le vent de liberté qui s’était emparé de la majorité des Gabonais. Rappelant une querelle des bûcherons de Paul Mba Abessole (à l’époque), le journal cite Pierre André Kombila, qui avait éteint les volontés incendiaires de leurs ouailles : « Vous voulez incendier les temples ? Alors, vous devrez commencer par me brûler, moi. » Quand Omar Bongo fabulait à propos de la paix, on en comprend un peu les origines, d’autant plus que Jeune Afrique distille cette information d’une teneur historique grave selon laquelle « la maçonnerie (est) à l’origine de la conférence nationale ». Preuve, s’il en faut, que la franc-maçonnerie n’est pas qu’une affaire d’hommes au pouvoir et des régimes politiques corrompus.

Des francs-maçons qui regardent prospérer la pauvreté

Si donc il y a la paix au Gabon, c’est en partie grâce à la franc- maçonnerie, pourrait-on dire. Mais il ne faut pas se distribuer seulement les bons points. Ainsi, si tout va mal, c’est aussi à cause de la franc-maçonnerie et des francs-maçons.

Si les francs-maçons s’appellent « frères lumière » ou « frères de lumière », ce n’est pas par hasard. C’est qu’il est inscrit au cœur de toutes les obédiences un cheminement vers la connaissance. Est frère de lumière celui qui connaît, qui détient donc la connaissance. Mais dans le même sein est aussi inscrite la valeur humaniste. De fait, le franc-maçon croit en l’Homme, le protège et travaille à la prospérité de l’humanité et pas que de ses affaires, comme tout le monde l’a vu chez Ahmed Bakayoko.

Pour ne porter aucune accusation à toute la classe politique gabonaise, nous référant à l’article de François Soudan et Georges Dougueli, il devient facile de considérer que la majeure partie des hommes politiques gabonais sont des francs-maçons. Si tel est le cas, où sont passées chez eux les valeurs humanistes ?

Omar Bongo était un franc-maçon, autant que son fils Ali Bongo. Il vaudrait mieux s’arrêter là pour la liste des francs- maçons gabonais, au risque de remplir les pages du journal avec leurs noms, tellement ils écument les hautes instances de la République et au-delà.

Les détournements massifs des deniers publics sont-ils le fait de francs-maçons ? L’institution judiciaire oiseuse, mêlant impunité, parentèle et fraternité des lumières, est-elle une recommandation de la franc-maçonnerie ? Les écoles en lambeaux, où doivent apprendre les enfants du Gabon, sont- elles le fait de la franc-maçonnerie ? Et que dira-t-on des hôpitaux, de l’abandon de chantiers routiers, des crimes policiers maquillés en défense de l’Etat de droit, des règlements des comptes… ? Des trucages électoraux et des combines en tous genres ? Est-ce la franc-maçonnerie qui encourage les ministres, les directeurs généraux, les présidents des hautes institutions à torpiller le service public dont ils sont les serviteurs ? Et l’on pourrait poser cette naïve question : Gabon, qu’as-tu fait de la franc-maçonnerie, puisque les croyances locales ne suffisent pas à promouvoir l’humanisme, la fraternité et la connaissance ?

Au moment où l’incertitude rythme le quotidien des Gabonais, il est de bon aloi de se demander pourquoi la franc- maçonnerie, à travers ses membres, ne devient pas la courroie de transmission, le pont… qui permet de pousser ceux qui ne se parlent plus à se serrer la main. Hamed Bakayoko, sans attendre les injonctions de son président de la République, prenait la responsabilité de dialoguer avec ses compatriotes, pour éviter une énième implosion de la Côte d’Ivoire. Chez nous, que font les Michel Mboussou, Richard Auguste Onouviet, Christian Magnagna, Faustin Boukoubi… pour mettre fin à la forte tension dans la Nation ?

Dès lors, tous les regards sont tournés vers Ali Bongo. Grand maître parmi les maîtres de cette obédience, qui a la vie de ses compatriotes entre ses mains ; qui sait que les Gabonais souffrent au quotidien. Comment explique-t-il la difficulté du Gabonais à avoir un bout de pain au quotidien, un travail, une école de qualité, un hôpital digne de ce nom ? Et tous ces gens de la haute sphère administrative, politique et judiciaire, alors qu’ils sont francs-maçons pour la plupart, peuvent-ils être contents de la négation même de l’Etat-nation dans lequel chaque enfant de ce pays devrait s’épanouir ?

Au Gabon, à coup sûr, la franc-maçonnerie est un simple business.

 

Dess Bombe

Article du 22 mars 2021 - 6:11pm

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