Débat sur la nationalité gabonaise/Me Paulette Oyane : « Dans tous les pays sérieux du monde, seuls les autochtones accèdent à certains postes sensibles de responsabilités »

Par Brandy MAMBOUNDOU / 04 juil 2024 / 0 commentaire(s)

 

Me Paulette Oyane Ondo, avocate au Barreau du Gabon, ne laisse point indifférent. Ses  sorties publiques sont un vrai régal. A titre d’exemple, sa participation à l’émission « Agora » de Hasse Nziengui, sur Gabon Télévision, il y a plus de onze ans, fait toujours sensation sur les réseaux sociaux. Au cours de celle-ci, elle avait écrasé de son intelligence la plus « kounabélisme » des Pdgistes, Jeanne Mbagou, (alors maire d’Owendo) et Dénise Mekam’ne (ministre d’Ali Bongo), sur le plateau. De l’avis général, son absence au Dialogue national inclusif (DNI) a été considérée par la clameur populaire comme un gâchis. Tant, elle est une source de denses connaissances. Qu’à cela ne tienne, dans l’interview ci-après, nous déroulons le tapis de l’actualité dans notre pays. Au passage, elle expose son point de vue sur l’un des points débattus au cours du DNI : « Aux USA, dit-elle, il faut naître sur le sol américain. En Russie, il faut n’avoir jamais étudié à l’étranger, etc. Il est également inconcevable pour ces grandes et puissantes nations d’être gouvernées par des personnes qui ont deux ou plusieurs nationalités. Il faut avoir UNE SEULE NATIONALITÉ. Sinon, comment défendre les intérêts de la nation que l’on est censé gouverner contre ceux de son autre nation ? » Voilà qui est dit ! Lecture

Gabonclic. Info Me Paulette Oyane Ondo, vous jurez de dire la vérité rien que la vérité tout au long de cette interview ?

Me Paulette Oyane Ondo : (Rires). Je n’aime pas jurer. J’ai juré quand j’ai prêté serment pour devenir avocate, je ne romprai jamais ce serment. Tout ça pour vous dire que jurer n’est pas un acte anodin. Mais je dirai la vérité tout au long de cette interview.

Avant le 30 août 2023, vous présentiez la transitologie comme l’unique voie de salut du Gabon vers des lendemains meilleurs. Vous y croyez vraiment ?

Plus que jamais. La transitologie reste et restera l’unique voie de salut du Gabon, tant que le système actuel perdurera. Le Gabon est ce qu’il est, mais c’est mon pays. Je ne peux lui souhaiter qu’un changement positif profond et pacifique. Il n’y a que la transitologie qui puisse faire cela ; qui peut faire la réforme sociale au Gabon. Trois étages sont nécessaires à la réforme sociale. La prise de conscience qui permet à une personne de comprendre son erreur. Ensuite, il faut corriger cette erreur : c’est le changement. Enfin, il faut permettre à la personne qui a commis l’erreur de réintégrer la société, c’est la reconstruction. Je donne, là, aux autorités un programme de réforme de notre pays issu de mes réflexions pendant vingt ans. Voyez-vous, j’avais élaboré la transitologie en me fondant sur la culture Fang, ma culture. C’est là-dedans que je puise mes réflexions. Dans la culture Fang, les êtres humains sont la principale richesse de la société. On doit les réparer pour ne pas affaiblir la société. Dans la culture Fang, on ne soustrait pas, on additionne.

Le 30 août 2023 est arrivé et Oligui Nguema, le principal concepteur de cette opération, estime que c’était « un coup de libération ». Quel est votre avis ?

(Adaptation d’une posture joyeuse). Il faut bien reconnaître que le 30 août, j’ai poussé un ouf de soulagement. J’ai, tout d’un coup, mieux respiré, je n’en revenais pas. Mais (hélas), la réalité a repris ses droits une semaine après.

Me Oyane Ondo, si vous étiez à la place du général Brice Clotaire Oligui Nguema, qu’auriez-vous fait le même jour ?

Il faut avouer que j’ai du mal à m’imaginer à la place d’Oligui. Je ne suis pas un homme et je ne suis pas un militaire qui a fait un coup d’Etat. Mais si vous voulez me demander ce que je ferais le premier jour si j’étais président de la République, je vous répondrai que je prendrais des mesures qui influeraient immédiatement sur le développement humain et qui toucheraient tous les Gabonais en même temps et changeraient positivement le cours de leur vie pendant longtemps. J’appliquerais aussitôt un principe de gouvernance qu’on appelle le principe de prévisibilité, qui me permettrait d’assurer la sécurité juridique sur tout le territoire national, afin de créer un lien de confiance avec tous mes compatriotes, et en même temps je susciterais du respect à l’extérieur du Gabon, parce que le principe de prévisibilité attire le respect. En agissant sur un point, j’obtiendrais de nombreuses conséquences positives dans de nombreux domaines. C’est ce que l’appelle une action intégrée.

Un dialogue national dit « inclusif » a été organisé. Beaucoup d’argent a été dépensé. Plusieurs Gabonais ont fondé leurs espoirs sur cette rencontre. Ici et là, des voix s’élèvent pour dénoncer la manipulation du rapport final…

Je ne connais pas les conclusions de ce dialogue. Je ne peux donc pas faire des observations.

Entre autres points évoqués lors de ce dialogue, celui relatif à la nationalité. Qu’en pensez-vous ?

C’est un sujet très important. Il faut fixer la nationalité gabonaise. J’ai lu quelque part que l’on parle de « gabonité » de souche pour occuper des hautes fonctions. Chaque peuple est légitime à réclamer de n’être gouverné que par les siens. Cela dit, la « gabonité » de souche n’est pas une notion juridique. On se perdrait en conjectures si on tentait de la définir. Le Gabon n’a que 64 ans. Or, les peuples que l’on trouve sur le territoire, qui est aujourd’hui le Gabon, s’y trouvent depuis au moins le 16eme siècle lorsque ce n’était pas encore le Gabon. Ce qui fait que lorsque l’Etat gabonais a été créé, ces peuples étaient déjà là. L’Etat gabonais est donc plus jeune que tous les peuples qui composent le Gabon. Dans ces conditions, on est Gabonais de souche à partir de quand ? Je crois que c’est un concept qui risque de poser beaucoup de problèmes.

A ce concept de Gabonais de souche, je préfère la notion de l’autochtonie, qui est une notion juridique et qui est bien encadrée en droit international des droits de l’Homme. En plus, c’est une notion évolutive. Dans tous les pays sérieux du monde, seuls les autochtones accèdent à certains postes de responsabilités sensibles. Et certaines grandes et puissantes nations y ajoutent même des conditions corsées. Aux USA, il faut naître sur le sol américain. En Russie, il faut n’avoir jamais étudié à l’étranger, etc. Il est également inconcevable pour ces grandes et puissantes nations d’être gouvernées par des personnes qui ont deux ou plusieurs nationalités. Il faut avoir UNE SEULE NATIONALITÉ. Lorsque l’on en a deux, on fait allégeance à deux nations. Comment alors défendre les intérêts de la nation que l’on est censé gouverner contre ceux de son autre nation ?

Le CTRI parle de la restauration des institutions. Brice Clotaire Oligui Nguema n’aurait-il pas pensé à restaurer, avant tout, l’état d’esprit des Gabonais ?

Je trouve effrayant de vouloir restaurer les institutions qui ont mis le pays plus bas que terre. De toutes les façons, il est impossible de séparer les institutions de la mentalité des personnes qui les font fonctionner. D’où la nécessité de la réforme sociale dont j’ai déjà parlé.

Pour clore notre entretien, à votre avis, quels sont les contours du Gabon que nous voulons ?

Mahatma Gandhi a dit une chose très juste : « Soyez le changement que vous voulez voir advenir ». Si chaque Gabonais, dans ce qu’il fait, le fait convenablement, la somme des actions positives des Gabonais pourrait être le moteur du changement que les Gabonais souhaitent. Et, en agissant ainsi, les Gabonais pourraient atténuer la médiocrité des gouvernants. Ils pourraient même les contraindre à ce changement qu’ils incarneraient alors eux-mêmes.

Propos recueillis par David Otounga

 

Article du 4 juillet 2024 - 7:50pm
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