Deuxième grande interview de la Première ministre : confirmation du Principe de Peter ?

Par Dess BOMBE / 19 mai 2021 / 0 commentaire(s)
Jean Valentin Leyama

L’exercice auquel je vais me livrer dans ce rendez-vous hebdomadaire est extrêmement délicat. En parlant de notre Premier ministre au féminin, une personnalité pour laquelle j’ai une grande admiration pour ses qualités personnelles de réserve et de discrétion, je cours le risque d’accusation de masochisme. Comment y échapper lorsque l’intéressée elle-même insiste, à chacune de ses interventions, qu’elle tient sa nomination au fait qu’elle soit une femme, grâce à une autre femme dont elle confirme la toute-puissance : la Première dame ? Autrement dit, ses mérites propres n’ont donc pas milité en faveur de sa nomination, c’est son genre qui a pesé sur la décision !

D’ailleurs, elle entame son propos par des remerciements appuyés à la Première dame, laquelle œuvre inlassablement pour la promotion de la femme et dont la Fondation a sollicité – une nouvelle fois – des cabinets étrangers en vue de l’élaboration d’une stratégie dans ce domaine, après l’avoir déjà fait pour une autre stratégie, celle du Développement humain. Madame la Première Ministre confirme qu’en 2021, elle, pur produit de l’école gabonaise, méconnaît l’existence d’une expertise locale capable de réaliser de telles études, y compris dans l’Administration dont elle est le chef constitutionnel.

Venant maintenant à son intervention, celle-ci est meilleure que celle donnée sur TV5 il y a quelques mois. Mais plus de neuf mois après sa nomination, après avoir présenté un programme de politique générale approuvé à la quasi-unanimité par l’Assemblée nationale, Madame la Première ministre nous révèle qu’elle élabore une nouvelle feuille de route dont elle a présenté les contours : le PAT. La journaliste lui a d’ailleurs fait observer qu’on allait de plan en plan et demandé quelle différence faisait-elle entre PAT et PSGE. Ce à quoi elle a répondu que le PAT accélérait le PSGE, omettant de citer le PRE (2017-2019), qui avait lui aussi la même vocation !

En dépit de ses efforts considérables pour mieux maîtriser sa communication, Madame la Première ministre a perdu son contrôle sur la question relative aux « maquettes », accusant sans les désigner les auteurs de ces projets fictifs, sous-entendu ses collègues anciens et actuels du Gouvernement qui ont abusé de la confiance du chef de l’Etat, et détourné les fonds dédiés à ces projets, des compatriotes « narcissiques » et dénués de patriotisme. Rien que ça !

Alors, puisque Madame la Première ministre, ancienne ministre du Budget et de la Défense connaît parfaitement ces « criminels » économiques et financiers, pour reprendre sa propre expression, qu’attend-elle pour les faire traduire en justice ?

Pour le reste, excepté le fait d’être une femme, en quoi se distingue-t-elle de ses prédécesseurs ? Aucune affirmation de sa personnalité propre, donc aucune autorité personnelle. Elle est gênée de parler à la première personnelle du singulier, à assumer son « moi », à dire « Je ». Tout au long de son interview, elle a démontré qu’elle n’inventait rien, qu’elle agissait sous la dictée du président de la République de qui elle recevait des instructions. Et comme plusieurs faits l’ont prouvé, ses instructions doivent venir indubitablement du nouveau maître des lieux : le si jeune Coordinateur des affaires présidentielles.

Sur les conséquences économiques et sociales de la gestion de la pandémie, en particulier sur l’aggravation de la pauvreté déjà endémique et généralisée, la Première ministre est demeurée sur la rhétorique déjà connue, qu’elle n’entendait pas desserrer l’étau si le nombre des contaminations, actuellement d’une soixantaine par jour, ne descendait pas en dessous de 50, le sort du pays se jouant à une dizaine d’écarts près.

Le clou, c’est sur la question de l’emploi. L’ancienne fonctionnaire de la direction générale de l’Economie nous révèle que selon les « dernières » statistiques, le taux de chômage se situerait à 20 %, en 2010, s’il vous plaît ! Onze ans après, Première ministre devenue, elle n’a pas pu faire actualiser cette statistique ! Comment, dans ces conditions, bâtir une politique de l’emploi ?

Le plus affligeant, c’est que, elle qui a bénéficié de l’égalité des chances dans son parcours scolaire et universitaire, exige des bacheliers et diplômés de l’enseignement supérieur de s’orienter vers les nouveaux centres de formation pour se former en mécanique, en électricité, en soudure et autres filières de niveau CAP et BET, conformes, dit-elle, aux « besoins des entreprises ».

Certes, si nous convenons que les chances de trouver du travail avec des formations généralistes sont très limitées, Madame la Première ministre semble ignorer que des dizaines de milliers de Gabonais qualifiés peinent eux aussi à trouver du travail. Pour ne prendre que cet exemple, des ingénieurs et techniciens en mines, géologie, pétrole, électromécanique, informatique, ainsi que des élèves et stagiaires sortis des lycées techniques et professionnels, des centres de formation, ne trouvent désespérément pas de travail, en raison d’une faible capacité d’absorption d’une économie basée sur les produits de rente et le négoce des biens de consommation. Et les priorités économiques déclinées par la Première ministre – la forêt et l’agriculture – ne permettront certainement pas d’inverser la courbe du chômage, faute d’attractivité. Ces deux secteurs, comme celui des nouvelles mines, sont dominés par de nouveaux partenaires pour qui la réduction au minimum de la masse salariale est une variable décisive et ne recrutent que pour des emplois subalternes et précaires.

Pour terminer sur le « Principe de Peter », qui a dit qu’un bon mécanicien ferait un bon chef de garage, un bon comptable un bon directeur financier, un bon chirurgien un bon ministre de la Santé ? Brillante étudiante, major de sa promotion à l’IEF, haut fonctionnaire à la compétence reconnue, ministre et maire de Libreville sans histoires, Madame la Première ministre est-elle vraiment, cette fois-ci, à la bonne place ?

 

Jean Valentin Leyama

Article du 19 mai 2021 - 3:19pm

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