Diplomatie : La Côte d’Ivoire sous la pression de la justice de ses voisins.

Par Brandy MAMBOUNDOU / 08 juil 2021 / 0 commentaire(s)
Le président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, devrait redorer l'image de son pays en permettant l'extradition de Karim Keita.

Alors qu’elle a encore sous les yeux la demande d’extradition de l’ancien président burkinabé Blaise Compaoré, la Côte d’Ivoire vient de recevoir celle concernant Karim Keita, fils de l’ancien président malien Ibrahim Boubacar Keita (IBK). Les autorités maliennes, qui se sont attaché les services d’Interpol, espèrent une franche collaboration de leurs homologues ivoiriennes. Nul doute que la communauté africaine également a braqué ses yeux sur la Côte d’Ivoire, qui devrait s’employer à ne pas donner l’image d’un repaire de personnalités africaines ayant maille à partir avec la justice de leur pays.

Au moment du renversement du président IBK par une junte militaire, en août 2020, la Côte d’Ivoire avait été citée parmi les planques des personnalités maliennes en débandade. Le Premier ministre ivoirien d’alors, Hamed Bakayoko, aujourd’hui décédé, était connu pour entretenir des relations étroites avec l’establishment à Bamako, particulièrement avec Karim Keita. Le fils d’IBK aurait même demandé à son ami l’intervention de l’armée ivoirienne pour le rétablissement de son père.

Karim Keita était officiellement un « simple » député, mais en réalité tout-puissant conseiller occulte de son père, faiseur de rois comme d’autres fils de président dans beaucoup de républiques bancales en Afrique et à travers le monde. Il avait la haute main sur les finances publiques, ce qui lui permettait de côtoyer la jet-society à Paris, où ses apparitions étaient plus fréquentes qu’à l’Assemblée nationale malienne.

Mais comme en ce qui concerne l’ancien président Compaoré, c’est pour son rôle dans une mort d’homme que Karim Keita est recherché. Le fils d’IKB est accusé d’être le commanditaire de la disparition d’un journaliste. L’enquête mène à lui. Les exécutants sont passés aux aveux.

La Côte d’Ivoire va-t-elle répondre favorablement à la demande d’extradition de Karim Keita ? Aux fins d’épargner à Blaise Compaoré, accusé d’avoir assassiné son ami et prédécesseur Thomas Sankara, les affres de la justice burkinabé, la Côte d’Ivoire a octroyé à l’ancien président la nationalité ivoirienne. Dans le dessein de trouver une issue pour que Compaoré comparaisse, le ministre burkinabé de la Réconciliation nationale, Zéphirin Diabré, est déjà allé rencontrer les autorités ivoiriennes et l’ancien président.

Si la Côte d’Ivoire sort la même carte au profit de Karim Keita, elle enverra un signal négatif aux yeux des Africains, qui veulent en finir avec l’impunité des classes dirigeantes. En Mauritanie, en Angola, en République démocratique du Congo, au Soudan…, des procès ont lieu contre d’anciens gouvernants. En Afrique du Sud, après quelques jours de résistance, l’ancien président Jacob Zuma s’est constitué prisonnier.

La Côte d’Ivoire devrait suivre la marche du monde.

elzo MVOULA

Article du 8 juillet 2021 - 12:45pm

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