Edmond Okemvele Nkogho : « Je reconnais avoir été une des rares personnalités publiques gabonaises à encourager l’adhésion du Gabon au Commonwealth »

Par Nicolas NDONG ESSONO / 30 juin 2022 / 0 commentaire(s)

 

Les élections législatives en France, l’entrée du Gabon dans le Commonwealth et le mode de gouvernance ont été les principaux sujets au menu de notre entretien avec l’ancien président du Conseil économique et social et Vice-président de la plateforme GABON D’ABORD. Selon lui, l’entrée du Gabon au sein de la grande famille du Commonwealth est loin d’être une panacée. Le Gabon doit aussi savoir adapter le modèle de gouvernance anglo-saxon. Pour l’auteur de « Déficit démocratique et mal développement en Francophonie. Quand nos dirigeants ne peuvent plus, (édité chez les éditions L’Harmattan), les législatives, en France, ont montré à la face du monde que la politique française devrait évoluer hors du cadre actuel. Lecture !

Gabonclic.info : Que vous inspire l’élection au Parlement français de la Franco-ivoirienne Rachel Kéké ?

 

Edmond Okemvele Nkogho : En tant que Vice-président de la plateforme citoyenne et patriotique « GABON D’ABORD », ouverte aux progrès politiques au Gabon, en Afrique et dans le monde, nous ne pouvons que nous féliciter de l’élection de Rachel Kéké au terme du second tour des législatives en France. Une Franco-ivoirienne, précédemment « femme de chambre » à l’Ibis Batignolles de Paris. Elle a en effet remporté ce scrutin avec 50,3 % des voix, face à Roxana Maracineanu, candidate de « Ensemble ! » et ancienne ministre des Sports. Comme quoi, rien n’est impossible. La symbolique de cette victoire nous interpelle dans le contexte gabonais et francophone d’Afrique. Je me souviens encore de ce « Zemidjan » (conducteur de moto-taxi) qui voulait se présenter aux élections pour intégrer l’Assemblée nationale togolaise. Malheureusement, tout le monde se mit à se moquer de lui. Parce que les citoyennes et citoyens Africains croulent encore sous des complexes divers. Pourtant, l’exemple de Rachel Kéké nous démontre aujourd’hui que c’était possible. De femme de chambre à député à l’Assemblée nationale ! Oui, c’est possible ! A condition de s’engager dès maintenant. Car, Rachel Kéké est comme cette vendeuse du marché Bananes du PK8 à Libreville. Elle est comme cette serveuse de bar de Nzeng-Ayong, cet ouvrier de Makokou ou cet artisan de Mbigou… Elle est comme de nombreux Gabonais qui pensent à tort que la politique est l’affaire d’une élite ou une question exclusive de diplômés. Non ! L'avenir du pays est l'affaire de tous !

Est-ce à dire que vous imaginez un tel scénario dans un Gabon réputé avoir des pratiques politiques conservatrices ?

Rachel Kéké, âgée de 47 ans, était militante de la CGT (Confédération générale du travail) en France. Comme tous ces Gabonais de la société civile et notamment de la Confédération syndicale «Dynamique unitaire », qui exigent légitimement l’amélioration de leurs conditions de travail et de leur pouvoir d’achat. Rachel Kéké s'est faite connaître lors des 22 mois de grève des femmes de chambre de l'hôtel Ibis Batignolles à Paris, entre 2019 et 2021. Parce qu'elle militait pour l'amélioration des salaires et des conditions de travail des femmes de ménage. Aujourd’hui, son engagement lui ouvre les portes du Parlement, lieu des débats et des prises de décision par excellence au sein de la République. Elle y sera, dit-elle, « la voix des sans voix ». La Plateforme « GABON D’ABORD» réitère, par l’exemple de Rachel Kéké, son appel à l’endroit de Gabonais, quels qu’ils soient : retraités, religieux, chômeurs, syndicalistes, étudiants, actifs du public et du privé, membres de nos cultes ancestraux… pour un engagement sincère qui nous conduira au Parlement et dans les Conseils municipaux et départementaux. Tout en nous préparant à sécuriser, nous-mêmes, nos votes et les résultats électoraux au profit des candidats consensuels du changement à désigner et à soutenir aux prochaines élections de 2023 (présidentielle, législatives, locales).

Quid de l’adhésion du Gabon au Commonwealth ?

Je reconnais avoir été une des rares personnalités publiques gabonaises à encourager l’adhésion du Gabon au Commonwealth. Pour moi, l’objectif est simple et salvateur. Cette adhésion devrait pousser les Gabonais à prendre conscience de ce qu'il existe une autre vie et une meilleure vie en dehors de l’espace francophone. Nous, les francophones, ne représentons que 14 % de la population mondiale. Pourtant, nous nous comportons comme si nous étions le centre ou les meilleurs du monde, alors qu’en Europe, en Amérique et en Afrique, nous reculons et régressons sur bien des plans, devenant ainsi la risée du monde. En tant que Gabonais, nous devons nous donner l’opportunité de découvrir autre chose. C’est-à-dire d’autres valeurs morales, politiques, économiques et culturelles propres aux Anglo-Saxons. D’autant qu’ils sont premiers sur plusieurs plans. Premiers dans le classement des démocraties, premiers dans les domaines économique, universitaire, linguistique et de la recherche scientifique, etc.

Les Gabonais peuvent-ils s’adapter à ce nouvel environnement ?

Non ! En tout cas pas avec l’actuel modèle de Constitution inspiré de la Vème République française. Celui qui concentre tous les pouvoirs entre les mains du seul président de la République. Tout en faisant de lui la première institution constitutionnelle avant le Parlement représentant le peuple souverain. C’est donc dire qu’il n’appartient pas aux Gabonais de s’adapter. C'est au président de la République de montrer de quoi il est capable, puisqu’il est, conformément à la Constitution actuelle et son esprit, hérité du Général De Gaulle, l’Alpha et l'Oméga du Gabon. Si le président Ali Bongo Ondimba fait comme ses homologues du Cameroun et du Rwanda, qui tendent à surfer sur deux tableaux en fonction de leurs propres intérêts, c’est-à-dire un coup francophone et un coup anglophone, rien ne changera positivement. Par contre, si le Président Ali Bongo Ondimba a le courage d’aller jusqu’au bout, ce que je souhaite vivement, en adoptant le modèle politique de type parlementaire et fédéral, notre adhésion au Commonwealth pourra alors se vanter d’avoir un contenu historique et prometteur. Parce que ce modèle parlementaire est au fondement des pays ayant le mieux amorcé leur développement au sein du Commonwealth. En empruntant ce chemin, il ne fait aucun doute que les populations gabonaises, où qu’elles soient, ressentent des changements vérifiables dans leurs vies au bout d’un an seulement. La question étant alors de savoir si le Président Ali Bongo Ondimba aura la volonté, le courage et la détermination suffisante pour ce faire. Autrement, il ne ferait que miroiter un « gadget » de plus aux Gabonais. Ce qui, évidemment, ne sera qu’un rendez-vous manqué de plus pour le pays. Au regard de mes dernières années de recherches, qui m’ont conduit à publier trois ouvrages, je peux, sur cette base, affirmer que si le Président Ali Bongo Ondimba ne change pas rapidement de Constitution, en se mettant à l’abri derrière le peuple gabonais, à travers le Parlement élu sous la lumière du modèle parlementaire et fédéral, cette affaire se terminera mal. De même, si le pouvoir exécutif n’est pas tenu par un Premier ministre tirant sa légitimité d’un tel Parlement, avec un pouvoir judiciaire indépendant, cette adhésion finira mal. Si toutes nos institutions et les citoyens que nous sommes, n’épousons pas les principes et les valeurs démocratiques fondamentales défendues par le Commonwealth, nous allons souffrir de plus en plus.

Faites-vous un rapprochement avec les dernières élections en France ?

Bien sûr que oui ! Cette crise de modèle ou de régime politique fait également débat en France. De nombreux acteurs politiques appellent à muter vers une nouvelle République. Mon ouvrage, sorti en mars 2019 en France aux éditions L’Harmattan et préfacé par le Président Abdou Diouf, s’inscrit dans cette logique et ce, dès la lecture de son titre : « Déficit démocratique et mal développement en Francophonie. Quand nos dirigeants ne peuvent plus ». Ce sont plus de cinq années de recherches qui m’ont permis de relever que tous les pays francophones, dont la France, doivent changer de modèle constitutionnel s’ils veulent relancer leur démocratie, leur économie, leur culture et leurs valeurs sociales. L’ancien président français, François Hollande, faisait d’ailleurs paraître en octobre 2019, soit quelques mois après mon premier ouvrage, un livre intitulé : « Répondre à la crise démocratique ». N’est-ce pas là une bien belle coïncidence ? C’est autrement dit que nous devons urgemment répondre à l’attente des populations qui font appel à des systèmes politiques davantage inclusifs et participatifs. Et le modèle parlementaire répond parfaitement à cette exigence démocratique. Afin que le président de République ne décide plus de tout et tout seul comme actuellement. Le journaliste Alain Duhamel déclarait, le 21 juin dernier sur BFM TV, je cite : « Le vote des Français montrent qu’il faut passer au régime parlementaire ». Vous êtes en train de le voir en 2022 en France, avec l’arrivée au Parlement de personnalités renvoyant au profil de Rachel Kéké. Je ne doute pas de ce que nous vivrons des situations similaires lors des prochaines élections législatives et locales de 2023 au Gabon. En tout cas, c’est le souhait formulé par de nombreux compatriotes avec lesquels nous échangeons au sein de la plateforme “GABON D’ABORD” et lors de nos causeries de « porte-à-porte » dans les quartiers.

Propos recueillis par Dess Bombe

 

Article du 30 juin 2022 - 7:22pm

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