Emmanuel Macron en mini-tournée en Afrique noire : Sous la hantise de l’influence russe sur le continent

Par Brandy MAMBOUNDOU / 01 aoû 2022 / 0 commentaire(s)
Emmanuel Macron au Cameroun avec Paul Biya.

Si au Bénin, il était question de la situation sécuritaire du pays, de l’Afrique sous la menace des groupes terroristes et de la coopération culturelle, au Cameroun, une partie de la société civile estime que le président français est avant tout venu défendre les intérêts de Paris et éviter un rapprochement avec la Russie.

C’est entre déception mais aussi espoir sur les questions mémorielles, que la société civile camerounaise était partagée au lendemain de la visite du président français, Emmanuel Macron au pays de l’inoxydable Paul Biya.

Pour le coordinateur de l’ONG « Un Monde avenir », Philippe Nanga, cette visite d’Emmanuel Macron n’aura pas permis d’avancer sur les dossiers les plus douloureux : le conflit en cours depuis 2017 dans les deux régions anglophones, la répression sur certains défenseurs des droits humains et des journalistes, la libération des nombreux prisonniers politiques qui croupissent dans les geôles surpeuplées du pays.

Pour sa part, Jean Claude Fogno, secrétaire exécutif de l’ONG Mandela center international, estime que la France, dont l’influence est en perte de vitesse en Afrique, n’a plus de prise sur les dictatures. « Nous avons adressé de nombreuses correspondances au président Macron sur des cas de violations des droits humains et nous n’avons pas obtenu de réponse », dénonce-t-il.

La tournée subsaharienne d’Emmanuel Macron suscitait un certain intérêt, dans la mesure où elle se positionne comme une manifestation profonde des réajustements opérés dans la politique extérieure africaine de la France. Son second mandat récemment entamé semble vouloir surpasser le précédent, dont la diplomatie a suscité plusieurs remous parmi les Africains, en accordant aux partenaires africains, notamment aux pays-pivot des espaces régionaux comme le Cameroun, une place plus respectueuse par rapport à leur importance réelle.

Dès lors, il est plausible que l’étape de la Guinée Bissau avait une visée économique pour Emmanuel Macron, qui y est allé embobiner le président Umaro Sissoco Embal (actuel président de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). A l’image de Patrice Talon du Bénin, le président bissau-guinéen œuvre pour la création d’une monnaie ouest-africaine au détriment du franc CFA. Sans omettre que le Bénin et la Guinée Bissau ne cacheraient plus leur ambition de rejoindre le clan des Africains qui lorgnent vers Moscou. Il faut donc absolument, pour Emmanuel Macron, étouffer cette ambition, qui pourrait nuire à la puissance et à l’économie françaises.

Par contre, le faux bond d’Emmanuel Macron sur l’étape annoncée du Gabon s’explique difficilement, d’autant que les intérêts français dans notre pays dépassent largement ceux cumulés des trois qu’il a visités.

Pour de nombreux hommes politiques et ceux de la société civile gabonaise, le pouvoir actuel doit revoir sa politique extérieure, la France ayant même été un appui pour le pouvoir dictatorial des Bongo.

Certes, la coopération entre ces deux partenaires séculaires n’aura nullement impulsé la prospérité espérée dans notre pays. Mais le manque de volonté politique et de développement du Gabon n’est imputable à la France qu’à certains degrés. Comme l’assistance technique et militaire accordée au pouvoir gabonais. La complaisance de l’Elysée à toujours reconnaître et protéger un pouvoir qui brutalise continuellement sa propre population, en marchant sur les cadavres à chaque élection, est certainement une raison pour laquelle les Gabonais ont été enthousiasmés sur l’annulation de l’étape de Libreville de l’agenda d’Emmanuel Macron. 

Dess Bombe

Article du 1 août 2022 - 10:10am

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