France Afrique : Comment faire pour changer le paradigme ?

Par Brandy MAMBOUNDOU / 18 mai 2022 / 0 commentaire(s)
Emmanuel Macron doit revoir la politique de la France en Afrique pour éviter le pire.

Comme une traînée de poudre, les mouvements antifrançais naissent spontanément depuis quelque temps dans l’ancienpré-carré français. Illustration d’une nouvelle vague de revendications indépendantistes, le départ des troupes françaises du continent est remis au goût du jour du nationalisme africain. La mauvaise diplomatie française dans ses colonies est directement pointée du doigt.

C’est une vérité de La Palice : la diplomatie française creuse inexorablement la tombe des relations franco-africaines. Ce week-end, du 14 au 15 mai, a vu une nouvelle manifestation au Tchad. Là-bas, les populations sont sorties dans les rues pour demander le départ de la France de leur pays. Cette nouvelle réclamation des nationalistes tchadiens vient à la suite de ce que plusieurs pays ont commencé, principalement les pays sahéliens (Mali, Niger, Burkina Faso) où la situation sécuritaire s’est totalement dégradée. La France est ainsi prise pour cible, accusée d’être de mèche avec les terroristes.

Dans le cas du Mali, avec une montée fulgurante du terrorisme, la France est devenue la cible privilégiée d’un discours nationaliste exacerbé et sur lequel jouent habilement ses rivaux russes, chinois et même turcs. Évoqué par plusieurs observateurs dès les prémices de l’opération Serval, le danger a fini par se concrétiser : hier accueillis en libérateurs au Mali, les soldats français y sont aujourd’hui perçus comme des envahisseurs.

Dans les regroupements politiques, les discours complotistesde la France sont par moments relayés par des personnalités politiques ou publiques de premier plan. Un exemple parmi tant d’autres, en juin dernier, Chériff Sy, le ministre burkinabè de la Défense, déclarait son étonnement sur le fait que la France n’ait pas réussi à éradiquer le terrorisme, avec une présence de plus de huit ans dans la zone. Il se demandait, par la même occasion, si la France n’avait pas « d’autres priorités » dans la zone sahélienne. En novembre 2021, au Mali, le député Moussa Diarra a prononcé, à la tribune de l’Assemblée nationale, une longue diatribe contre le rôle des Français dans le pays.

La France coopère avec les groupes djihadistes

Des personnalités de premier plan, à l’exemple du chanteur malien Salif Keita, avaient publié une vidéo dans laquelle il déclarait : « La France finance nos ennemis contre nos enfants », reprochant à l’ex-président Ibrahim Boubacar Keïta de l’ignorer. « Tout laisse à penser que la France coopère avec les groupes djihadistes pour rendre la zone instable et piller nos matières premières », avait renchéri de son côté Hervé Ouattara, responsable burkinabè de l’association « Urgences panafricanistes », présidée par le franco-béninois Kémi Séba.

Si ces discours d'affranchissement africain paraissent souvent trop forts, la France peut-elle cependant être exemptée de tous reproches ? De nombreux Sahéliens, à commencer par Mahamadou Issoufou, le président nigérien et l’ex-président malien Amadou Toumani Touré (ATT), n’ont jamais digéré l’intervention militaire contre Mouammar Kadhafi, en Libye, en 2011. Ils avaient considéré, à juste titre, qu’elle est la cause de l’actuelle instabilité régionale et regrettent amèrement que les Occidentaux, Français en tête, n’aient jamais tenu compte de leurs mises en garde. Au Mali, personne n’a oublié non plus que, lors de la libération du nord, en 2013, les soldats français sont entrés dans la ville de Kidal sans aucun militaire malien à leurs côtés. Mieux, ils ont même défendu l’accès de cette ville à l’armée malienne pendant plus de huit ans.

L’armée française, dans ce pays sahélien, a laissé un goût amer dans le gotha politique qui ne comprend plus l’intervention française. Initialement, cette intervention avaitpour objet l’éradication des djihadistes, assistés des indépendantistes touaregs dans cette région. Mais l’armée française est subitement devenue une armée d’interposition. Ce qui a eu pour conséquence la scission du Mali. L’actuelle diplomatie du gouvernement français a fini par exaspérer la population malienne et d’autres pays sahéliens. Surtout lorsque le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, se comportant en nouveau colon, a la manie de vouloir traiter des chefs d’Etat africains comme des sous-fifres.

La France perd chaque jour sa mainmise dans sa zone d’influence

Aujourd’hui, le pré-carré français cherche à se sortir de l’étau colonial dont l’un des signes de sa puissance est le Fcfa. La France perd chaque jour sa mainmise dans sa zone d’influence. Après le Tchad, où les rues de N’Djamena ont été prises d’assaut par une population déterminée à obtenir « le départ sans délai des troupes militaires françaises de leur pays », le tour reviendrait au Gabon, de lui emboîter le pas. En effet, le président du Front patriotique gabonais (FPG), Gérard Ella Nguema, a annoncé l’organisation d’une marche pacifique pour demander le départ de l’armée française du Gabon. « La situation du 6ème Bima au Gabon ne se justifie pas, d’autant plus que l’impact social n’est pas ressenti par le peuple », a-t-il déclaré dans une communication. Pour de nombreux Gabonais, « notre pays n’est pas en guerre, la présence d’une armée étrangère ressemble plus à une armée d’occupation. Il faut donc que l’armée française quitte notre pays ».

Du Mali au Gabon, en passant par le Burkina Faso, le Niger, la Centrafrique et le Tchad, le constat est le même : la France, à travers sa diplomatie, ne veut pas communiquer avec les pouvoirs et les populations africains, se comportant comme un tuteur qui n’est pas obligé de s’expliquer face à son protégé.C’est probablement la raison de ces levées de boucliers observées ces derniers temps dans ses anciennes colonies.

Pis, la France est très clairement soupçonnée de maintenir les dictateurs au pouvoir sur le continent noir. Ce qui exaspère les Africains ; lesquels ne savent plus à quel saint se vouer pour vivre paisiblement dans leurs propres pays. Le problème est là ! Du coup, Emmanuel Macron doit très vite changer la nature de sa relation avec l’Afrique. Sinon…le divorce n’est pas loin.  

Vichanie MAMBOUNDOU 

Article du 18 mai 2022 - 9:23pm

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