Gabon : « Aucun pays ne s’est développé sur la base d’un plan du FMI ».

Par Brandy MAMBOUNDOU / 02 aoû 2021 / 0 commentaire(s)
L'analyste financier Willy Ontsia.

Ce 28 juillet 2021, le Fonds monétaire international (FMI) a, enfin, approuvé un accord élargi de trois ans au titre du Mécanisme élargi de crédit (MEDC) en faveur du Gabon, pour un montant d’environ 553.2 millions de dollars US {près de 305 milliards FCFA}, pour faire face à la crise de la pandémie de Covid-19 et soutenir la mise en œuvre de la stratégie de relance économique 2021–23 des autorités. L’approbation du conseil d’administration va permettre le décaissement immédiat d’environ 115.25 millions de dollars américains pour l’appui budgétaire.

Pour un éclairage sur l’impact de cet accord avec le FMI sur l’économie gabonaise, nous avons interrogé Willy Giscard Ontsia, ancien négociateur pour le Gabon lors du précédent accord de prêt triennal 2017-2020 conclu avec le FMI, en qualité d’ancien conseiller financier du ministre du Budget et des Comptes publics.

Propos recueillis par Elzo MVOULA

Quelle est la portée de cet accord signé avec le FMI ?

Cet accord de prêt approuvé par le FMI a un double enjeu pour le Gabon. D’une part, il permet d’apporter à notre pays l’appui financier dont il a besoin pour rééquilibrer a minima, nos finances publiques et nos comptes extérieurs. D’autre part, cette approbation du FMI fait office de garantie en signature pour le Gabon lorsque le pays ira à nouveau solliciter les investisseurs internationaux sur les marchés des capitaux.

Quelles sont les perspectives de l’économie gabonaise, à la suite de cette facilité de crédit consentie par le FMI au Gabon ?

La crise sanitaire et la chute des prix du pétrole ont durement affecté l'économie gabonaise, amplifiant ainsi les chocs externes et les déséquilibres macroéconomiques. Ce contexte a fortement pesé sur l’activité économique domestique, le chômage et la pauvreté. Bien que les fondamentaux de l’économie nationale s’améliorent, les perspectives de reprise durable demeurent fortement dépendantes de la trajectoire de la pandémie, du prix des matières premières et de la mise en œuvre des réformes structurelles, notamment ceux du Plan d’accélération de la transformation {PAT} pour 2021-2023.

Cet accord de prêt avec le FMI est-il complet, permettra-t-il à l’Etat gabonais de faire face à toutes ses contraintes financières ?

Le FMI n’a pas vocation à tout financer ou à se substituer à l’Etat gabonais. Par contre, il a la responsabilité d’intervenir pour éviter les crises économiques et financières à risque systémique.

C’est notamment pour cette raison qu’Il faut bien comprendre que le cadrage macroéconomique et budgétaire conclu entre le FMI et le Gabon ne couvre que partiellement les besoins de financement de notre pays. Autrement dit, cette facilité de crédit du FMI au Gabon n’intègre pas, par exemple, la problématique des primes des régies financières, le coût des reclassements et avancement dans la fonction publique, ou l’amortissement des emprunts financiers sur les marchés des capitaux internationaux dont de lourdes échéances de remboursement doivent intervenir à l’horizon 2022-2024.

Quel est le niveau de remboursement de la dette du Gabon sur les marchés des capitaux internationaux non pris en compte par l’accord de prêt signé avec le FMI ?

Sauf remboursement anticipé, le Gabon reste redevable d’un montant cumulé net d’emprunts en eurobonds de plus de 3 milliards de dollars US, soit une dette de l’ordre de 1 653 milliards FCFA contractée sur les marchés internationaux des capitaux. A ce titre, à l’horizon 2022-2024, le pays doit faire face au remboursement d’importantes échéances de prêt dont le montant pourrait avoisiner les 540 milliards FCFA, non pris en compte dans l’accord signé avec le FMI.

Pour y remédier, en l’absence de réserves financières suffisantes dans les comptes du Trésor public, en 2022, l’Etat gabonais devrait recourir à une opération de « roll-over » sur le marché financier international, c’est-à-dire émettre un nouvel emprunt en eurobonds pour rembourser les échéances arrivées à maturité, en s’appuyant sur le principe que les Etats ne meurent jamais.

En réalité, une fois encore, l’Etat gabonais va reporter une partie de la dette publique sur les générations futures.

Quelles suggestions pouvez-vous faire pour résorber ces problématiques ?

Le recours à l’institution de Bretton-Woods n’est pas la panacée car aucun pays au monde ne s’est développé sur la base d’un plan d’ajustement structurel du FMI.

Aussi, l’Etat gabonais doit-il absolument définir un modèle de développement pour le Gabon, mettre en place une politique de bonne gouvernance et lutter rigoureusement contre la corruption et les détournements des deniers publics.

En sus, le gouvernement doit totalement mettre l’accent sur le capital humain, en formant les Gabonais et en les mettant au travail dans le secteur privé, pour leur permettre de se réapproprier leur économie pour la mettre, enfin, sur le sentier d’un développement durable et inclusif.

Pour se développer et être économiquement indépendants, les Gabonais doivent comprendre que le développement du made-Gabon dépend uniquement de leur capacité intrinsèque à prendre en main leur destin, sans compter sur la charité du FMI et des autres bailleurs de fonds internationaux.

 

Article du 2 août 2021 - 9:41am

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