Gabon : L’insoutenable escroquerie émergente liée à l’environnement et dérèglement climatique

Par Brandy MAMBOUNDOU / 19 sep 2022 / 0 commentaire(s)
On ne cessera jamais de se demander si l’action de Lee White est bénéfique pour le Gabon.

Questions majeures engageant l’avenir de l’humanité, la protection de l’environnement et la lutte contre la crise climatique sont ravalées par les émergents du Gabon en de vulgaires martingales à fric. Et comme de coutume, les milliards engrangés ne profitent nullement à doter le pays d’infrastructures dignes d’une « super puissance verte ».

La Semaine africaine du climat (29 août-2 septembre) a clos ses assises à Libreville. Forum de discussion préparatoire à la Cop 27 en Egypte au mois de novembre, la conférence réunissant politiques, experts, financiers et société civile s’est penché sur les sujets liés au dérèglement climatique. Notamment les inégalités sociales qu’il engendre et les moyens à investir dans la protection des populations. Comme toujours, de lucides diagnostics ont été faits, la prise de conscience collective des Africains s’est réaffirmée, mais il demeure peu probable que les paroles soient suivies des actes. Pour la simple raison que les pays industriels, plus grands pollueurs de la planète – alors que les pays africains n’émettent que 3% des gaz à effet de serre – ne bougeront pas le petit doigt.

Dérèglement climatique et environnement : le bon filon 

Hôte de ce raout inscrit dans le calendrier de la diplomatie environnementale, le Gabon aurait bien des raisons de faire grise mine. Mais ce n’est pas le cas : on verra pourquoi. Au préalable, notons que pour le citoyen lambda, pas très au fait des enjeux environnementaux du troisième millénaire, tout ce ramdam soulevé par les médias et les réseaux sociaux draine sa part de perplexité, voire de scepticisme interloqué. À l’heure où le centilitre d’huile se fait rare dans la marmite, que le grain de riz devient denrée de luxe, on perçoit difficilement à Kinguélé ou à Malinga (Louétsi Bibaka) le bien-fondé de l’effervescence autour du climat. Et même dans les milieux plus éclairés, on partage certaines réserves, sachant que la plus-value du « Gabon Vert » sur le bien-être collectif se fait toujours attendre, quatorze ans après les sirènes du PSGE.

Un des principaux volets du programme sur lequel Ali Bongo Ondimba s’était fait élire en octobre 2009, le « Gabon Vert » entendait exploiter de manière durable les ressources naturelles du pays pour assurer la préservation de son capital naturel pour les générations d’aujourd’hui et de demain. Davantage par effet de mode qu’animé d’une réelle ambition, le successeur d’Omar Bongo promettait d’instaurer un véritable équilibre entre le développement économique et humain et la maîtrise de son empreinte écologique. En français facile, le Gabon allait produire de la richesse avec ses forêts, ses fleuves et son agriculture, tout en veillant à ce que les activités humaines ne dégradent pas trop les écosystèmes. On attend toujours le bilan…

À y regarder de près, dès l’entame de son magistère, Ali Bongo a flairé le bon filon du business que représentaient la protection de l’environnement et la lutte contre le dérèglement climatique. Et ce, tant sur le plan symbolique – ce sont des questions majeures engageant l’avenir de l’humanité –, que par les sommes faramineuses qui circulent dans cette sphère attractive de l’économie mondiale. Aussi, ceux qui veulent comprendre pourquoi le président de la République et son entourage proche se prêtent fréquemment à la danse du ventre sur le théâtre-monde écologique, ne doivent jamais perdre de vue les millions de dollars – des milliards en francs CFA – brassés derrière l’écran apocalyptique et messianique de la crise climatique.

La Cop 21 et le très alléchant « Fonds vert pour le climat »

En effet, ce n’est pas tant par solidarité aux peuples ni par un humanisme chevillé au corps, que le roi des émergents s’empare systématiquement de ces questions, comme il serait logique de le penser. On pourrait naïvement croire que sa sensibilité à la hausse des températures, à la fréquence et à la violence des tempêtes, à la sécheresse, aux inondations, aux pénuries alimentaires, etc., motiverait – dans un mélange d’empathie et de générosité – le geste de cet « écolo » interpellé par les effets dévastateurs d’un climat qui se détraque partout dans le monde depuis des décennies. Avec son incalculable lot de drames humains et de surfaces habitables décimées. Que nenni ! La vérité est plus prosaïque : l’argent, encore l’argent, toujours l’argent.

Du coup, on comprend maintenant pourquoi le chef de l’Etat – semblable en cela au zèle du premier de la classe avide de récompense – se fait un devoir à chaque sommet mondial ou conférence sur l’environnement, de rappeler en termes jamais dénués d’emphase, combien le Gabon est hautement exemplaire en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Pour exemple, son allocution en ouverture de la Semaine africaine du climat le 29 août constituait un modèle du genre : « Depuis plus de dix ans, nous avons intensifié nos efforts pour protéger notre remarquable patriotisme forestier et construire une économie à faible émission de carbone. En conséquence, le Gabon, qui a déjà atteint les objectifs fixés par l’Accord de Paris sur le climat, et considéré comme le pays le plus neutre en carbone au monde ». Fermez le ban !

La Cop 21 de Paris, ou plutôt la 21ème édition de la Convention-cadre des Nations Unies pour les changements climatiques (CCNUCC) avait pour objectif de stabiliser le réchauffement climatique, en faisant en sorte que les pays ne produisent plus – en principe – plus de CO2 que ce que la Terre est capable d’absorber. L’accord adopté à Paris le 12 décembre 2015 prévoyait, entre autres, un très alléchant « Fonds vert pour le climat » (100 milliards de dollars/an) destiné à aider les pays en développement dans leurs actions de lutte contre le changement climatique. Du pain béni pour notre pays, « super puissance verte » et grand réservoir de carbone : couvert à près de 88% de forêt, ses arbres et sa végétation absorbent et stockent des quantités massives de CO2. Au palais du Bord de mer, la découverte de cet « or » nouveau a rapidement amené à se frotter les mains.

Un lucratif marché du carbone

Car le marché du carbone s’avère des plus lucratifs, le Gabon faisant partie avec les pays voisins d’Afrique centrale du deuxième massif forestier tropical de la planète, lequel absorbe l’équivalent de 4% des émissions mondiales de CO2 chaque année. Autant dire : le jackpot ! Et notre pays va rapidement empocher. En septembre 2019, la Norvège promet à l’État gabonais de lui verser 17 millions de dollars (près de 9,5 milliards de francs CFA) s’il consent à une politique de moindre déforestation permettant de réduire l’émission de carbone. Le Trésor public – domicilié désormais à la présidence – encaisse finalement cet argent en juin 2021, en récompense des 3,4 tonnes de CO2 séquestrés en 2016 et 2017, sur la base de 10 dollars US la tonne. Il se dit même que le Gabon pourrait percevoir une pluie de milliards de francs CFA s’il maintient ses efforts. À condition de le réinvestir dans de saines politiques de lutte contre la déforestation illégale. Mais bon…

Un « rabatteur » nommé Lee White

Pour ne pas laisser filer sous le nez autant d’argent, rien ne doit être laissé au hasard. Il fallait donc trouver un « Superman » digne de préserver cette « croissance verte » inouïe : Lee White. À la fois scientifique – énigmatique professeur honoraire dans une université écossaise – polyglotte au français capricieux, et citoyen caméléon à l’épiderme mi-britannique, mi-gabonais, il a été nommé en 2019, ministre des Eaux et Forêts, de la Mer, de l’Environnement, chargé du Plan Climat et du Plan d’Affectation des Terres. Véritable « rabatteur », proche du Prince Charles d’Angleterre, ami supposé de Nicolas Hulot, Lee White est chargé d’une seule mission : ramener des milliards dans les caisses en vantant partout dans le monde les qualités anti-pollution de notre écosystème forestier, et celles de notre biodiversité. Secrétaire exécutif de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) qu’il continue de diriger en coulisses de manière scabreuse, il peine à apporter la preuve de la plus-value de l’écotourisme dans l’économie nationale. Tant qu’il est là, le climat remplit le grenier, en plus des autres ressources des Eaux et Forêts.

Une chose, au moins, est sûre comme l’a encore relevé l’association « Tropctrop » qui dénonçait la venue de Ségolène Royal à Libreville pour la Semaine africaine du climat : la question environnementale n’est qu’un colossal business fertile en détournements de fonds. L’argent que le marché du carbone génère suit des circuits opaques, dont il n’est pas besoin de deviner la destination, puisque le peuple gabonais n’en voit ni la couleur, ni les investissements y relatifs. Et cette saignée, si on veut une fuite de capitaux, a encore de beaux jours devant elle. On sait déjà, selon les experts, que l’Afrique aura besoin de 1600 milliards de dollars entre 2020 et 2030, pour mettre en œuvre ses engagements en matière d’action climatique. Et la Banque africaine de développement (BAD) s’est déjà dite prête à mobiliser 25 milliards de dollars d’ici à 2025 pour lutter contre le réchauffement climatique.

Cela tombe bien pour Ali Bongo, Lee White, le peuple gabonais et le Gabon : l’émergence, prévue par les astrologues du Palais, est annoncée pour 2025.

Virginie Lamiral

 

Article du 19 septembre 2022 - 9:43am

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