Gabon : Pourquoi pas un statut de chef de file de l'opposition ?

Par Brandy MAMBOUNDOU / 11 juin 2021 / 0 commentaire(s)
Le Gabon peut réfléchir à l'élaboration du statut de chef de file de l'opposition.

La rencontre, à sa demande, ce 9 juin, entre l’opposant Jean Eyeghé Ndong et le président de la République, Ali Bongo Ondimba, n’aurait pas donné lieu à tant de supputations sur fond de suspicion si le Gabon avait adopté, comme au Mali avant le coup d’Etat militaire qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keita et au Burkina Faso, le statut de chef de file de l’opposition. 

Le chef de file de l’opposition est désigné par le peuple souverain. A l’issue d’une élection présidentielle transparente, c’est automatiquement le candidat qui aura recueilli le plus grand nombre de voix après le président. Les choses vues sous cet angle, Jean Eyeghé Ndong, en tant que principal soutien de Jean Ping à la présidentielle de 2016, pouvait demander une audience au chef de l’Etat. A condition que Jean Ping ait donné son accord. Justement, des questions demeurent au sujet de l’entrevue de ce 9 juin. Jean Eyeghé Ndong a-t-il rencontré le chef de l’Etat avec la bénédiction de Jean Ping ? Ou, tout au moins, l’a-t-il informé de sa démarche ? La proximité entre les deux personnalités devrait inciter l’une ou l’autre (pourquoi pas les deux ?) à communiquer à ce sujet, à l’effet d’édifier l’opinion et, ainsi, de lever bien des équivoques.

Le chef de file de l’opposition peut rencontrer le président de la République à sa demande ou à la demande du président de la République. Mais les sujets à l’ordre du jour doivent être d’intérêt national et faire l’objet d’une communication transparente. Or, à sa sortie d’audience, Jean Eyeghé Ndong, tout en rappelant la nécessité pour les Gabonais de se parler en dépit de leurs divergences, s’est refusé à « dévoiler le reste », ajoutant ainsi à la suspicion que l’entrevue a suscitée. Pour son bien, pour celui de son hôte et pour celui de la classe politique  gabonaise, l’ancien Premier ministre gagnerait à délier sa langue. Si l’entretien portait sur son retour au Parti démocratique gabonais (PDG), en vue du rassemblement des « fils spirituels d’Omar Bongo », les Gabonais lui reconnaîtront qu’il est libre d’adhérer au parti de son choix et que retourner à ses premières amours est une attitude tout à fait humaine.

Il existe une autre situation qui fait émerger le chef de file de l’opposition. Si des élections législatives interviennent au cours d’un mandat présidentiel, le chef de file de l’opposition sera le leader du parti qui aura obtenu le plus de députés après le parti ou le camp majoritaire. En l’occurrence, c’est Guy Nzouba Ndama. Le parti de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Les Démocrates, a fait bonne figure aux législatives de 2018. 

Toutefois, il y a des préalables à remplir au Gabon, notamment la transparence électorale, pour que le statut de chef de file de l’opposition ait toute sa consistance. En effet, depuis le rétablissement du multipartisme, au cours de la conférence nationale, en 1990, il n’y a jamais eu d’élections politiques qui n’aient donné lieu à un contentieux, parfois accompagné de violences meurtrières. Le grand défi politique que le pays a à relever est l’organisation d’élections dont les résultats seront acceptés par tous. La présidentielle de 2023 a valeur de test. Le rendez-vous est pris.

Brandy MAMBOUNDOU

 

Article du 11 juin 2021 - 6:39pm

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