Gabon/Démocratie : Plaidoyer pour une classe politique « civilisée ».

Par Brandy MAMBOUNDOU / 11 aoû 2021 / 0 commentaire(s)
L'ancien Premier ministre Jean Eyeghe Ndong va-t-il lui aussi regagner le PDG ce 11 août ?

Si, comme la rumeur le laisse entendre, Jean Eyeghe Ndong annonce, ce 11 août, son retour au Parti démocratique gabonais (PDG), il n’y aura aucune surprise. L’ancien Premier ministre, qui en avait démissionné en juin 2009 au lendemain de la mort du président Omar Bongo, pour passer dans l’opposition dite radicale, aura subtilement préparé les Gabonais à ce revirement, à partir de l’entrevue qu’il a eue avec le chef de l’Etat le 9 juin au palais présidentiel. Le plus fidèle soutien de Jean Ping reconnaissait ainsi le président de la République, dont l’élection était contestée depuis 2016. A quelque chose malheur est bon, les incessants mouvements des acteurs politiques entre l’opposition et la majorité ou dans le sens inverse peuvent favoriser une ère de réelle tolérance dans le pays. Les acteurs politiques doivent, en conséquence, adopter à jamais un langage empreint d’urbanité et se sentir l’obligation d’entreprendre désormais le travail de pédagogie qu’ils se sont toujours gardés de faire en direction des populations.

Comme la majorité des personnalités de l’opposition, Jean Eyeghe Ndong s’est caractérisé, avant la rencontre, à sa demande, avec le chef de l’Etat, par un discours virulent. C’est bien lui qui, lors d’un grand meeting de l’opposition en 2015 à Port-Gentil, a poussé les Gabonais à désigner Ali Bongo par « le Petit-là ».

Fervent partisan du boycott des élections législatives et locales de 2018, l’ancien Premier ministre s’était permis de traiter de tous les noms d’oiseaux les membres de l’opposition qui avaient décidé d’y prendre part. A ses yeux, les chefs de partis Guy Nzouba Ndama, Zacharie Myboto et Alexandre Barro Chambrier passaient pour des « traîtres », dans la mesure où il estimait que le contentieux électoral né de la présidentielle de 2016 n’était pas encore vidé. Aller aux élections équivalait, selon l’expression consacrée dans l’entourage de Jean Ping, à reconnaître « la junte militaro-fasciste ».

Outre Jean Eyeghe Ndong, des opposants ayant rejoint le pouvoir, à l’instar de René Ndemezo Obiang, Michel Menga, Jean de Dieu Moukagni Iwangou et Frédéric Massavala Maboumba, ont tenu un discours peu amène au sujet du régime et, particulièrement, de son principal animateur qu’est le chef de l’Etat. Dans cette catégorie d’acteurs politiques, Féfé Onanga a toute sa place. Lui qui se présentait comme le plus grand soutien de Jean Ping à Port-Gentil, la capitale économique, a rallié Ali Bongo ce 6 août. Avant eux, il y eut Paul Mba Abessole, dans les années 1990, et Pierre Mamboundou, dans la décennie 2000. Sans oublier Pierre Claver Maganga Moussavou.

Comment les militants du PDG accueillent-ils les opposants avec qui ils se sont échangé des injures jusqu’à un passé récent ? Voilà qui doit amener les membres de la majorité également à changer de conduite. Il est à noter que trop de partisans du pouvoir, pour cette seule raison, se sentent le droit de manquer de respect aux opposants et même de les humilier. Il suffit de suivre les répliques publiques de la majorité aux critiques des opposants. Il faut aussi noter que l’accès aux médias publics est refusé aux « pestiférés » de l’opposition.

Puisqu’ils ne trouvent aucune gêne à faire des va-et-vient entre l’opposition et la majorité, les hommes politiques gabonais doivent, en conséquence, cesser de diviser leurs compatriotes. Qu’ils songent enfin à former le peuple au débat d’idées et à la tolérance, qui sont le propre de la démocratie à laquelle ils prétendent tous aspirer. Trois décennies après la conférence nationale, les hommes politiques gabonais ne peuvent pas invariablement mettre leurs lacunes sur le compte de l’apprentissage de la démocratie.

Pour autant, si la population s’attend désormais à ce qu’un opposant traverse dans le camp du pouvoir, le pouvoir doit savoir que le débauchage n’équivaut pas à conquérir le cœur de ses anciens partisans. Ni à résoudre les problèmes du peuple qui souffre.

Elzo MVOULA

 

Article du 11 août 2021 - 10:13am

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