Gabon/Gouvernance : « La délivrance du Gabon et de son peuple ouvrira les portes de la vraie vie ».

Par Brandy MAMBOUNDOU / 11 aoû 2021 / 0 commentaire(s)
L'opposant gabonais en exil en France Alfred Nguia Banda souhaite une concertation des oppositions gabonaises avant 2023 .

Exilé politique à Paris, Alfred Nguia Banda pense que « la libération des prisonniers et le retour des réfugiés politiques se feront dans la liesse populaire ».

Propos recueillis par Brandy Mamboundou

Ce 2 octobre, cela fera cinq ans depuis que vous êtes en exil en France. Comment vivez-vous cet éloignement de la terre qui vous a vu naître ?

Alfred Nguia Banda : un pays dont les ressortissants vivent en exil est un pays sans liberté, simplement un pays soumis à une dérive autocratique. C'est en Afrique, principalement au Gabon, que, au XXIe siècle, on peut encore enregistrer un flux impressionnant de réfugiés politiques. Les chiffres des demandes d'asile en provenance du Gabon sont hallucinants depuis l'arrivée au pouvoir de M. Ali Bongo Ondimba. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) relève un taux exponentiel de demandes depuis 2009. Depuis l'indépendance du Gabon jusqu'à cette date, il est passé de 1% à 16 %.

Concernant ma vie de réfugié politique en France, je tiens d'abord à remercier les autorités françaises, en l'occurrence, celles de l'OFPRA qui, après examen de mon dossier, m'ont octroyé sans hésitation le statut. Je dirai ensuite que mon exil n'est pas du tout un enfer ni une galère. Certes, je peux souffrir de l'absence de mon espace naturel, mais je peux dire avec grande certitude que l'exil est un passage historique marquant la vie d'homme, c'est un vrai moment d'épanouissement multidimensionnel, où les intelligences s'hypertrophient, un moment idéal où mes enfants apprennent sereinement dans les meilleurs établissements scolaires et un moment où leur vitale psychologique de croissance est au zénith. Alors que veut-on dans la vie ? Je ne me plains pas du tout.

Même si vos conditions de vie sont satisfaisantes, ne souhaiteriez-vous pas rentrer au Gabon ?

Depuis presque cinq ans, je mène avec les Gabonais de la diaspora résistante, épris de liberté, de paix, de justice, du respect des valeurs républicaines, démocratiques et des droits de l'Homme, un noble combat contre un régime oppressif, tyrannique, qui a pris le Gabon en otage et réduit tout un peuple à une pauvreté pathologique. Je suis persuadé que ce combat connaîtra une issue favorable. Quelle que soit la durée, l'alternance se produira. Les batailles de la vie ne sont pas toujours gagnées par les plus forts, ni par les rapides, mais par ceux qui n’abdiquent jamais. La délivrance du Gabon et de son peuple ouvrira les portes de la vraie vie. Ainsi, la libération des prisonniers et le retour des réfugiés politiques se feront dans la liesse populaire.

Vous êtes parmi ceux qui, jusqu'à présent, affichent leur fidélité à Jean Ping, qui continue de revendiquer sa victoire à l’élection présidentielle de 2016. Pensez-vous que cette revendication pourrait aboutir à moins de deux ans des échéances électorales ?

Je ne suis pas un inconditionnel, ni un thuriféraire de M. Jean Ping, mais un véritable démocrate fortement arrimé aux valeurs républicaines et démocratiques. Jean Ping bénéficie d'une légitimité incontestable conférée à 67 % par le peuple souverain. Il doit donc légitimement exercer le pouvoir d'État. Sa revendication étant revêtue d'une légitimité incontestable, vous comprendrez aisément que mon soutien obéit à la volonté du peuple souverain. Je partagerai toujours son combat. Le parcours académique, l’expérience professionnelle et le degré de sociabilité de M. Jean Ping font de lui un homme d'État bien accompli. Il fera, j'en suis sûr, un excellent président de la République qui rendrait au Gabon sa place dans l'arène internationale et aux Gabonais leur dignité et leur fierté aujourd'hui bafouées.

Une rumeur circule avec insistance que vous serez candidat à l'élection présidentielle de 2023. La confirmez-vous ?

Je dirai, avec grande modestie, que j'ai des capacités morales, intellectuelles et une expérience politico-administrative me permettant de défendre, avec aisance, un projet de société devant le peuple gabonais. Mais je ne ferai jamais d'une candidature électorale le centre de gravité de ma vie publique. Toutefois, je suis en train de réactualiser le projet de société que j'avais conçu et présenté devant l'équipe de campagne du candidat Guy Nzouba Ndama en 2016. Ce projet réactualisé que j'ai baptisé « la Fierté gabonaise » pourrait être porté par un candidat représentant les oppositions à une éventuelle élection. Je me bats pour que mes idées, que je juge novatrices, marquant une rupture avec la gouvernance la plus désastreuse que notre pays n’ait jamais connue, soient prises en compte. Je milite pour une opposition unie, dynamique avec une ou deux candidatures à une éventuelle consultation électorale.

Le comportement politique de votre ami Alexandre Barro Chambrier laisse entrevoir une candidature en 2023. Le soutiendrez-vous s'il est candidat et s'il intègre vos propositions dans son projet de société ?

Oui ! Alexandre Barro Chambrier est mon ami de longue date. C'est un candidat très crédible qui peut valablement porter les couleurs des oppositions. Sa constance politique depuis sa démission du PDG et son refus des multiples sollicitations du pouvoir en place constituent des atouts non négligeables. Il s'est démarqué de ses anciens compagnons, tenaillés par la faim et le manque de convictions politiques solides, qui ont fait allégeance au pouvoir. Les incessantes attaques dont il fait l'objet de la part de ces transactionnels et du pouvoir sont les indicateurs de sa crédibilité. Si mes propositions sont insérées dans le programme électoral d'un candidat qui combat, sans complaisance, le pouvoir destructeur du Gabon, alors je me mettrai entièrement à sa disposition.

L'échéance de 2023 approche. Pensez-vous que les oppositions pourraient présenter un ou deux candidats pour maximiser encore leurs chances de bousculer le pouvoir ?

Concernant donc les oppositions, une ou deux candidatures sont possibles si les acteurs politiques des oppositions transcendent leur ego. C'est la raison pour laquelle j'invite solennellement tous les leaders des oppositions, y compris le président Jean Ping, à faire preuve de patriotisme pour mener un combat commun, à faire de l'union la pierre angulaire de la conquête et de l'exercice du pouvoir. Je me permets d’abord, par le truchement de cette interview, d'inviter tous les responsables des oppositions, à l'intérieur comme à l'extérieur, à une grande rencontre stratégique à Montpellier en France. Le destin de notre pays étant très en danger, un sursaut patriotique nous interpelle et nous invite à engager de véritables compromis d'opportunité politique. Je profite de votre tribune pour demander au pouvoir en place la restitution immédiate du passeport du président Jean Ping. Cette confiscation prouve, aux yeux du monde entier, la dérive autocratique qui caractérise ce régime.

Vous faites de l'union des oppositions votre cheval de bataille. Que pensez-vous de l'Union nationale qui pourrait connaître une scission après son congrès électif ?

Je tiens très sincèrement à féliciter « le vieux », le sage, le président Zacharie Myboto, qui quitte avec honneur et dignité la présidence de l'Union nationale, en organisant démocratiquement sa succession. Par ce départ volontaire, le « vieux Myboto » est en train d'administrer une leçon de démocratie à toute la classe politique gabonaise. Tous nos leaders devraient s'en inspirer.

Leçon de démocratie également par les concurrents à la tête du parti qui sont unis par des liens familiaux. Paul Marie Gondjout, étant le gendre du "vieux "Myboto, est soutenu par sa fille Chantal Gondjout Myboto d'une part. Mme Paulette Missambo, sœur cadette du "vieux "Myboto, bénéficie du soutien de son compagnon, Casimir Oyé Mba, grand ami du "vieux "Myboto, et Eric Myboto, fils du « vieux » Myboto d’autre part. Les deux équipes sont soutenues par des membres du parti sans considérations géo-ethnolinguistiques, comme les mauvaises langues le prétendent. Les grands sages de ce parti doivent davantage s'impliquer pour chasser les mauvais vents. La cohésion du parti en dépend.

A vous écouter, rien ne marche au Gabon. Comment expliquez-vous la sévérité de votre jugement ?

Sur le plan économique, les entreprises ferment les unes après les autres, engendrant un chômage endémique et systémique, principalement des jeunes. Les images montrant des centaines de jeunes gabonais s'achalandant et s'alimentant à la décharge de Mindoubé est la parfaite illustration de l'incompétence et de l'insouciance de ce pouvoir.

Sur le plan social, aucun investissement n'a été entrepris dans les secteurs de l'éducation, de la santé et du logement, malgré les promesses réitérées à chaque allocution.

Le secteur des transports constitue un vrai chemin de croix. Les routes devenues des cratères sont à l’abandon ; les transports aériens ne sont pas à la portée des Gabonais. Le niveau de la dette de notre pays est aujourd'hui intenable. Il n'y a pas plus aveugles que ceux qui ne veulent pas voir. En douze ans de pouvoir, M. Ali Bongo Ondimba et ses thuriféraires ont quintuplé cette dette. Celle-ci est passée de 1 300 000 000 de FCFA, sous le président de la République Omar Bongo, à 7 000 000 000 000 de FCFA à ce jour. Alors, comment rembourser cette dette, sachant très bien que les recettes de l'Etat sont en constante baisse ? La dette devient, dans ce cas d'espèce, insupportable et, par conséquent, plombe le pays et les engagements internationaux deviennent insolvables. Le véritable drame, c'est que ces emprunts ne créent aucun investissement productif. La conséquence fondamentale : l’avenir du pays et des jeunes se trouve hypothéqué.

 

Le 6 août, Féfé Onanga a annoncé qu'il rejoint la majorité présidentielle. Cette spectaculaire défection ne fragilise-t-elle pas les oppositions et, surtout, Jean Ping ?

Féfé Onanga est vraiment mon ami, voire mon frère. Le dernier acte qui restera toujours gravé dans ma mémoire fut la grande messe de requiem qu'il a organisée à Port Gentil, en mon absence, en mémoire de ma défunte épouse, Huguette Nguia Banda. C'est un acte extrêmement fort.

Concernant son nouveau positionnement politique, c’est son droit le plus absolu. Mais je lui dirai politiquement ceci : « Au moment où tu vas courir dans le vide et porter caution à un pouvoir ectoplasme et brutal qui t'a martyrisé, moi, ton ami, je reste, avec bien d'autres compatriotes combattants, à garder la maison opposition et à poursuivre le combat de libération du Gabon. » Ce combat n'est pas exclusivement celui de Jean Ping, mais de tous les Gabonais qui aiment leur pays. Féfé Onanga n'est pas le premier à faire défection et il ne sera pas le dernier. Je constate seulement que tous les acteurs politiques qui ont amorcé des revirements ont terminé leur parcours dans les poubelles de l'histoire.

Vous vous dites démocrate convaincu, porteur des valeurs républicaines, mais il se dit que vous aviez empêché en 2009 le candidat André Mba Obame de battre campagne dans le Haut-Ogooué.

Le Haut-Ogooué n'est pas ma propriété, mais celle du Gabon et des Gabonais. C'est donc des affabulations dénuées de tout fondement. Ma conscience ne me reproche rien du tout. Le président Valéry Giscard d'Estaing disait : « Il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison. »

De plus en plus, les Altogovéens sont victimes de l'ostracisme des autres Gabonais. Comment expliquez-vous cette situation qui prend des proportions inquiétantes ?

Je me suis déjà exprimé sur cette question à maintes reprises. Cet ostracisme se justifie par l'instrumentation de cette province par l'oligarchie altogovéenne régnante. Que voulez-vous que les autres compatriotes gabonais pensent lorsque les scores soviéto-albanais sont attribués injustement à cette province lors des consultations électorales ? Les blocs de haine qui se forment contre les Altogovéens trouvent leur justification, même si la réalité est autre. Cette province souffre des mêmes maux que les autres : manque cruel d’infrastructures, de structures scolaires et sanitaires. Le chômage frappe les jeunes, comme partout ailleurs.

Votre mot de la fin !

Nous devons mettre en exergue l'esprit de sacrifice pour transcender nos positionnements personnels. Je compte sur l'esprit patriotique des uns et des autres qui nous permettra d'être ensemble pour gagner et extirper notre pays de la bérézina.

Article du 11 août 2021 - 1:40pm

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