Gabon/Gouvernance : Le problème entre la Nyanga et le pouvoir est d’abord économique.

Par Brandy MAMBOUNDOU / 06 aoû 2021 / 0 commentaire(s)
Au lieu d'accuser les Nynois d'être des opposants-nés, le régime doit d'abord résoudre leurs problèmes existentiels .

Pour avoir été la seule région à voter contre le maintien du Gabon dans le giron français lors du référendum de 1958, la Nyanga s’est taillé une réputation de terre hostile au système gabonais, dont tout le monde sait qu’il a toujours bénéficié du soutien indéfectible de l’Hexagone. Cette image de la Nyanga est prétexte à tout. Chacun l’exploite en fonction de ses intérêts. Le pouvoir s’en sert pour justifier les brimades et l’opposition pour appeler au radicalisme. Plus d’un demi-siècle après le mémorable « Non » au référendum, il apparaît que le problème nynois est plus économique que politique.

 Alors qu’ils ont toujours considéré la zone de Gamba comme faisant partie de leur province, les Nynois apprennent dans les années 1970, quand il s’en dégage des effluves pétroliers, qu’un nouveau découpage en fait désormais un « district autonome », géré depuis la présidence de la République. Avant le rattachement à la province de l’Ogooué-Maritime dans les années 1980. La Nyanga, qui se trouve ainsi privée d’un pôle économique, encaisse le coup et se console à l’idée de voir le port en eau profonde de Mayumba être enfin érigé.

Bien qu’il ait été envisagé par le premier président du Gabon, Léon Mba, le port de Mayumba n’a toujours pas vu le jour. En lieu et place, l’Office des ports et rades du Gabon (Oprag) se gargarise d’un modeste quai.  Or, un port en eau profonde à Mayes-sur-Mer (Mayumba) a l’avantage de se situer entre le Congo et l’Angola, avec les chances de ravitailler une partie de la République démocratique du Congo. Les Nynois ne seraient pas allés en masse chercher du travail ailleurs et leur province ne se serait pas vidée de plus de la moitié de ses ressortissants.

Si le port en eau profonde est une infrastructure qui nécessite beaucoup de capitaux, l’exploitation du gisement de marbre de Doussiegoussou, à quelques encablures de Tchibanga, n’en demande pas autant. Dans un pays en construction, la rentabilité est assurée, au lieu d’importer les carreaux. Le marché sous-régional représente également une opportunité. Les Nynois notent que l’extraction du marbre a cessé aussitôt que la construction du palais présidentiel s’est achevée. Au titre des représailles à cause du « non » au référendum ?

La culture du riz est l’autre activité économique à avoir été interrompue. Les vaillants Nynois qui en vivaient ignorent toujours les raisons de cette interruption, alors que le riz de Nyali et celui de Tchibanga avaient bonne presse. Ils ne demandaient donc qu’une production industrielle à l’effet de couvrir tout ou partie de la demande nationale. L’expérience concluante d’Akok, dans la province de l’Estuaire, elle aussi interrompue pour des raisons inconnues, y aurait contribué.

La seule exploitation forestière ne fait pas de la Nyanga une province économiquement forte. A cause du piteux état du réseau routier local, l’agriculture, autrefois importante, est réduite à sa plus simple expression. Il en résulte une certaine dépendance vis-à-vis de la Ngounié qui heurte l’ego des Nynois, connus pour leur chauvinisme.

Dans un tel contexte de « pauvreté », aucune banque commerciale ne peut s’installer à Tchibanga. Les fonctionnaires et les opérateurs économiques sont obligés de domicilier leurs comptes bancaires à Mouila, le chef-lieu de la Ngounié, située à pas moins de 200 km, où la Bicig (Banque internationale pour le commerce et l’industrie du Gabon) a ouvert une agence. Il fut un temps où une solution palliative avait été trouvée avec l’ouverture d’une petite agence de la Banque gabonaise de développement (BGD) à Tchibanga. Mais la BGD est en liquidation.

Sur le plan de l’énergie électrique également, la Nyanga vit mal sa dépendance vis-à-vis de sa voisine. Tchibanga subit les caprices de la centrale de Bongolo, alors que la Nyanga compte des chutes clairement identifiées capables d’accueillir des centrales hydroélectriques d’une plus grande importance et de nature à alimenter toute la province et même des espaces au-delà.

Voilà, en plus du bitumage de la route interrompue depuis 2016 à Pegnoundou, à une trentaine de kilomètres de Tchibanga (une punition liée au vote à la présidentielle ?), les causes fondamentales du désaveu que le régime essuie dans la Nyanga. Sans oublier un management calamiteux des ressources humaines.

Le pouvoir peut toujours se mettre des œillères et croire que le repris de justice Noël Mboumba est capable de lui livrer la Nyanga sur un plateau en or. La présidentielle, à laquelle Ali Bongo sera inévitablement candidat, c’est dans deux ans.

elzo MVOULA

Article du 6 août 2021 - 10:54am

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