Guerre Ukraine Russie & économie : la hausse du prix du baril de pétrole pourrait générer à l’Etat gabonais une plus-value allante jusqu’à 461 milliards Fcfa

Par Brandy MAMBOUNDOU / 10 mar 2022 / 1 commentaire(s)

Le cadrage macroéconomique et budgétaire du projet de loi de finance initiale 2022, voté par le parlement, table sur un taux de croissance de 3% y inclus notamment les hypothèses d’une production de pétrole de 11 millions de tonnes, en hausse de 7,8 %, un prix du baril pétrole qui s’établirait à 60 dollars en 2022 contre 55 dollars en 2021, soit une hausse de 9,1 %, et un taux de change du dollar américain à 543,2 FCFA/USD, en baisse de 1,2 %.

Avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les analystes de JP Morgan estimaient dans leur nouveau rapport que le prix du pétrole brut pourrait s'envoler à 125 dollars le baril en 2022 et à 150 dollars en 2023 en raison de la capacité limitée de l'OPEP à augmenter sa production.

Après l’entrée en guerre de la Russie contre l’Ukraine, les sanctions des pays occidentaux, notamment celle relatives au blocage de l'accès de certaines banques russes au système de paiement SWIFT, ont fait grimper les prix du pétrole bien au-delà de 100 dollars le baril, car les risques liés au commerce du pétrole russe augmentent.

Cette nouvelle flambée des cours du pétrole sur les marchés internationaux est une aubaine providentielle pour les pays producteurs de pétrole qui ont beaucoup souffert ces six dernières années à cause du prix faible du baril de pétrole.

De fait, cette amélioration des termes de l’échange impacte à la hausse les perspectives financières de l’Etat gabonais dont l’or noir représente près de 70 % des recettes d’exportations et pas moins de 50 % des recettes publiques.

Plus précisément, le prix du baril de pétrole prévu à 60 dollars US dans la loi de finance 2 022 oscille désormais entre 90 et 112 dollars US soit près du double de la valeur arrêtée dans le budget 2 022 adopté par le gouvernement.

En sus, le cours du dollar américain estimé à 543,20 francs CFA dans la loi de finances initiale 2 022 affiche aujourd’hui un taux de change qui avoisine les 599,65 Fcfa pour un dollar US, soit un écart de prévision en nette progression.

Au final, si le prix du baril de pétrole se maintient entre 90 et 112 dollars US, sous l’effet cumulé de la hausse du prix du pétrole et du taux de change du dollar américain, j’estime que les revenus pétroliers de l’Etat gabonais qui étaient évalués à 535,5 milliards Fcfa pour l’exercice budgétaire 2022 pourraient désormais se situer entre 803,2 milliards Fcfa et 999,6 milliards Fcfa, soit une plus-value pétrolière prévisionnelle de l’ordre de 267,7 milliards Fcfa à 464,1 milliards Fcfa pour l’année en cours.

La question centrale qui se pose pour notre pays le Gabon est la suivante : que fera le Gabon de cette plus-value pétrolière ? Allons-nous profiter de cette manne financière à venir pour accroître des infrastructures structurantes, investir dans le capital humain, pour développer réellement notre pays ou cette plus-value pétrolière sera-t-elle une fois de plus détournée à des fins personnelles pour enrichir des individus au détriment de la nation gabonaise tout entière ?

In fine, je suggère au gouvernement de plancher sur une loi de finance rectificative y incluant un plan de gestion de la plus-value pétrolière avec pour objectif de renforcer la résilience de l’économie gabonaise, via une restructuration efficiente du plan d’investissement et une amorce de désendettement de l’Etat pour réduire le poids de la dette sur les finances publiques.

Willy Ontsia (Analyste financier et banquier de formation)

 

Article du 10 mars 2022 - 12:47pm

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