Instant des larmes

Par Elzo MVOULA / 27 sep 2021 / 0 commentaire(s)
Face à l'émotion, des larmes peuvent couler.

Convaincue de ses conditions de vie très difficiles, une grand-mère avait maudit d'avance toute personne qui après sa mort irait annoncer son décès à la radio Oyem.

Cette attitude soutient un nouveau cantique catholique devenu viral dans les rassemblements mondains et dont le titre en Fang est "Vola ne má éyong me guene ma gning" signifiant littéralement "aidez-moi pendant que je suis en vie", et les rappeurs diront : Aimons-nous vivants.

Les larmes ne sont que l'écoulement des yeux dû soit à l'émotion, à une gêne ou une affection. Si la gêne et l'affection peuvent être le fruit du hasard, l'émotion est liée à la force des choses dont les joies et les peines. Dans ce cas, on parlera de pleurer.

En nos milieux, on pleure plus pour les peines contrairement à ceux qui pleurent pour une fleur ou un mot doux. Cependant, il subsiste la question de savoir s'il suffit de vider toutes les larmes de son corps pour exprimer sincèrement une peine ?

D'aucuns diraient simplement non sachant que le pleur est culturel par endroits et qu'il suffirait de poser les mains sur la tête pour ouvrir les robinets oculaires.

Ainsi, des bataillons de pleureuses sont constitués avec en support des bonnes bières aussi vrai que l'alcool conduit et maintient l'émotion se faisant théâtrale.

On verse des larmes pour des mots doux.

Les larmes sincères

Or l'expression de peine qui créé les larmes sincères est un feu intérieur qui emballe les voies internes, et comme dans une distillerie artisanale, la chaleur se fait liquide. C'est ça les vraies larmes. N'empêche que les larmes peuvent être sincères sans malheureusement convaincre les observateurs.

On aura beau rouler à la terre à la perte d'un être cher, mais si l'on vient à témoigner que le défunt était au chapitre de la misère alors que ses parents se coulaient douce, le jugement social aura vite traduit l'hypocrisie en langage facile.

Or, de nos jours, il est plus courant de manifester la solidarité familiale en supportant les devis des pompes funèbres, des compagnies de transports, des vendeurs de bœufs, des chorales…

Aussi dans nos contrées les obsèques sont-elles devenues des occasions exceptionnelles de faire bombance sur la tête de celui qui fraîchement déposé dans un petit coin à peine désherbé, mourait de faim, sans un kopeck sous la mousse noircie et amaigrie, sans pouvoir lutter contre la malaria.

On pleure pour une peine.

Les boissons frelatées

Nombreux sont ceux-là qui sombrent de fait dans les "doses" c'est-à-dire les boissons frelatées à très bas prix allant de 50 à 100 Fcfa la dose.

Du coup, tant les quartiers sous intégrés que les villages dans l'arrière-pays sont remplis de loques humaines, des hommes en déchéance physique échue, en incapacité de produire, et qui demandent spontanément à boire.

Serait-ce de l'amour que de leur en donner ? Oui, à leurs yeux, parce qu'ils n'attendent plus que ça. Or si un homme peut se lever, marcher et boire, il pourrait forcément produire. Mais, produire quoi dans des contrées enclavées, sans assistance ni matérielle ni financière ?

Du coup, la culture du cannabis prend le dessus partout, parce que la misère ouvre la porte du risque signifiant débrouille.

En cas de risque aussi vrai qu'il est plus facile d'aller menotter un villageois dans l'arrière-pays que de recycler sa volonté d'avoir des revenus, femmes et enfants pleureront et souffriront jusqu'au jour où fatigué par une vie très perturbée, le pater va casser la pipe pour que sa veuve et ses orphelins le découvrent en costume dans un cercueil alors qui laisse derrière lui des caleçons raccommodés.

Et les larmes viendront de tous les océans.

C'est hypocrite.

 

*Corneille O' de Melen 1

Article du 27 septembre 2021 - 12:07pm

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