Les prestations croisées

Par Brandy MAMBOUNDOU / 05 fév 2022 / 0 commentaire(s)

Corneille Ollomo Ekoga est un observateur avisé du fonctionnement de la société gabonaise. Dans la tribune ci-après, il parle de la faiblesse de l’offre politique par rapport aux attentes légitimes des populations tout en révélant son verdict : « le malade Gabon est en phase terminale ». Loin d’être le symbole d’un peuple qui assiste à son propre enterrement, cette sortie d’un citoyen gabonais est une interpellation à une prise de conscience collective face aux dangers de l’égoïsme sous nos pieds et une invite aux tenants actuels du pouvoir à revoir leur copie, pour un Gabon meilleur pour tous. Lecture !

Une approche des techniques quantitatives de gestion dans son pan de la comptabilité analytique perçoit les prestations croisées comme un système d'échanges de services entre au moins deux entités auxiliaires d'une entreprise de production.

Sans besoin d'aller chatouiller en profondeur les sciences de gestion avec sa suite des données mathématiques pour déterminer la part absolue revenant à chaque entité, on ne retiendra ici que la notion d'échanges entre entités.

Par rapprochement ou par analogie, il y a lieu de constater qu'il subsiste à travers le monde, en tout et partout, des prestations croisées. C'est-à-dire, tu me donnes, je te donne. Il n'y a pas d'exigences à ce que les prestations soient égales sauf en cas d'accord établi, mais l'attente d'un retour s'impose même en silence, à défaut d'une agitation sociale, ou d'une mutinerie.

Ceux des parents qui, des couloirs de la gare routière jusqu'aux rayons climatisés des papeteries de luxe préparent la rentrée scolaire, donnent leurs parts de prestations avec en contrepartie l'attente des bons résultats qui maintiennent la bonne relation.

En entreprises, nombreux sont ceux qui se sacrifient avec amour non pour les yeux du patron, mais pour espérer les avantages conséquents de promotion, d'augmentation, ou de gratifications.

En politique, nombreux militants des partis politiques s'activent sur le terrain afin d'avoir un bon retour à l'échéance des investitures ou de réaménagement des rangs du parti.

Ces quelques exemples illustrent le caractère des prestations croisées en certains milieux.

Le sommet ou le comble des prestations croisées subsiste entre le peuple et ses dirigeants dont le gouvernement et les élus du peuple. Les échanges entre les parties reposent principalement sur la gestion de la chose publique pour laquelle les uns se battent avec bec et ongles pour être élus ou nommés, tandis que les autres sont tenus de donner leurs voix dans la ferme attente d'une correcte répartition des richesses publiques aux chapitres élémentaires de la route, de l'école, de l’hôpital, de la sécurité... 

Alors, pour sa participation à son bonheur, le peuple travaille, investit et consomme, soit un tout générateur des tonnes d'impôts et taxes qui, en plus des revenus de la vente des matières premières abondantes comme au Gabon par exemple, confère au gouvernement la marge nécessaire, "avec la monnaie", c'est-à-dire des restes ou queues de budgets pour satisfaire en temps et sans pression, les attentes du peuple.

Le malade Gabon est en phase terminale

Malheureusement, à travers le pays et dans tous les domaines des attentes élémentaires, les cris fusent de partout, les plaintes de douleurs sont assourdissantes et semblent s'adresser à des murs de pierres. Un mutisme qui comme en médecine pourrait laisser croire que le malade Gabon est en phase terminale et que seule une infirmière stagiaire sortie d'une école de quartier est à son chevet pour le protocole d'accompagnement.

Est-ce vraiment le cas du Gabon qui à ce jour attire une bonne partie de la misère du monde ?

On pourrait donc conclure à la vue où pratique de la route nationale 1, ne serait-ce que jusqu'à Ntoum, de l'axe Rio-la Peyrie à Libreville...qu'il s'agit simplement d'une négligence aggravée qui annihile l'effort de prestations de l'État envers le peuple.

Un peuple qui était naissant aux heures de l'Indépendance, a grandi avec les louanges de la Rénovation, et est devenu exigeant avec les rêves de l'Émergence.

Il n'est jamais trop tard pour bien faire, et Paris ne s'est pas construit en un jour seraient des arguments de fuite en avant qui par ailleurs laisseraient croire que le peuple aurait confié un mandat indéterminé à ses dirigeants.

Or, le bilan est également une notion très importante des sciences de gestion qui voudrait qu'au terme d'un exercice, que l'on s'arrête face au peuple et dire :

Voilà ce que j'ai promis faire avec votre argent, voilà ce qui a été fait, nous avons dépassé les objectifs, ou nous les avons réalisés à 85 % ou plus compte tenu des aléas conjoncturels.

On applaudirait forcément ce d'autant que les infrastructures sociales ont la particularité d'être physiques, donc palpables.

A contrario, le silence ou la réalisation précipitée de quelques projets d'arrière cases seraient vus comme du rafistolage ou du bricolage, comme de l'impréparation à l'orée d'une échéance électorale.

À ce stade, la prestation croisée aura forcément du plomb dans l'aile en ce sens qu'une entité n'aura rien sinon très peu participé aux attentes d'une autre.

Toute chose mettant en mal le cycle d'échanges dans la société avec en retour, des exigences bruyantes au terme des attentes insatisfaites du contrat social.

Corneille Ollomo Ekoga (Citoyen gabonais)

Article du 5 février 2022 - 11:04am

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