Mamady Doumbouya bombe les muscles en Guinée-Conakry : L’opposition dénonce une dictature militaire

Par Nicolas NDONG ESSONO / 25 aoû 2022 / 0 commentaire(s)
Le président de la Transition déçoit de nombreux observateurs.

Le 17 août, des affrontements ont été déclarés entre plusieurs jeunes Guinéens et les forces de sécurité dans la banlieue de Conakry, qui était paralysée, suite d’un appel à manifester contre la junte au pouvoir depuis un an.

Le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), une coalition de partis politiques, syndicats et organisations de la société civile, avait appelé à se mobiliser pacifiquement, malgré l’interdiction de toute manifestation édictée le 13 mai par la junte et la décision de cette dernière de dissoudre le collectif la semaine passée. Cette même coalition avait été à la manœuvre, de 2019 à 2021, des mobilisations contre un troisième mandat présidentiel d’Alpha Condé (2010-2020), finalement renversé le 5 septembre 2021 par le colonel Mamady Doumbouya. Le FNDC porte à présent la voix de la protestation contre la junte, qui a considérablement affaibli l’opposition.

Une dictature militaire à la place d’une dictature civile

Aujourd’hui, le FNDC réclame davantage le retour à l’ordre constitutionnel et dénonce une confiscation du pouvoir par les militaires. Pour plusieurs partis d’opposition en Guinée, il ne saurait être question d’une dictature militaire après une autocratie civile. Il n’a pas fallu plus pour que les autorités guinéennes annoncent la dissolution de ce principal mouvement proche de l’opposition. Ces nouvelles crispations surviennent alors que la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a annoncé la visite dimanche à Conakry de son médiateur dans la crise guinéenne, l’ancien président béninois Thomas Boni Yayi.

A noter que le colonel Mamady Doumbouya, a renversé le 5 septembre 2021 le président Alpha Condé, à la tête du pays depuis 2010. Désormais intronisé président, le colonel-président s’est engagé à remettre le pouvoir à des civils élus dans un délai de trois ans. Mais l’opposition et la Cedeao veulent une transition plus courte. Les partis politiques et la société civile font de plus en plus entendre leur voix contre la répression des libertés et l’instrumentalisation de la justice par les autorités.

Une fois de plus, la Guinée retombe dans les travers d’une politique de répression, comme à l’époque du père de l’Indépendance, Ahmed Sékou Touré. En effet, les répressions systématiques des hommes politiques et les membres de la société civile, pendant des décennies, rappellent les années noires d’une politique qui a démontré ses limites et a favorisé la paupérisation de ce pays riche en ressources minières. Si le départ forcé d’Alpha Condé a été salué par la population, il n’en demeure pas moins que celle-ci veuille accéder à une vie plus démocratique, fruit d’un scrutin ouvert uniquement aux civils.

Premier pays, du giron français en Afrique, à accéder à l’indépendance, le 22 novembre 1958, la Guinée a connu un pouvoir autocratique, jugé sanguinaire par ses compatriotes, avec Ahmed Sékou Touré jusqu’en mars 1984. Après un premier passage des militaires avec Lansana Conté de 1984 à 2008, la junte actuelle ne tient guère à lâcher la barre de sitôt. L’opposition appelle à l’ouverture d’un dialogue crédible avec les acteurs politiques et la société civile, sur la fixation d’un délai raisonnable et consensuel de la durée de la transition. Or les militaires refusent « … de répondre aux nombreux appels à ce dialogue », dénonce le FNDC. Ils ont plutôt décidé de dissoudre le mouvement de la coalition de la société civile et des partis de l’opposition.

Mamaïssata Sylla (Correspondante en Guinée Conakry) 

Article du 25 août 2022 - 10:12am

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