Mike Jocktane : « il me paraît essentiel que le Gabon renforce son autonomie dans des secteurs aussi importants que ceux de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage »

Par Brandy MAMBOUNDOU / 17 oct 2022 / 0 commentaire(s)

 

Candidat déclaré à l’élection présidentielle pour le compte du parti politique Gabon Nouveau, l’homme d’église Mike Jocktane présente dans l‘interview ci-dessous sa vision, son ambition et son projet pour le Gabon sur le plan socio-économique. Il se prononce également sur le débat en cours concernant le renouvellement du bureau Centre gabonais des élections (CGE) ainsi que sur une éventuelle candidature unique de l’opposition lors du scrutin majeur de 2023.

Gabonclic.info : Quelle est votre vision pour le développement économique et social du Gabon ?

Mon objectif est de proposer une stratégie économique de transformation et d’accélération inédite qui tienne compte aussi bien des réalités locales que des contraintes imposées par les différents bailleurs de fonds internationaux afin de lutter contre l’extrême pauvreté.

Pour mettre fin à la paupérisation du Gabon, je mettrai en place une politique de développement durable en adéquation avec les 17 Objectifs de Développement Durable fixés par les Nations Unies. C’est en ce sens que j’ai bâti mon programme et ma vision.

Contrairement aux idées reçues, le développement durable n’implique pas uniquement la lutte contre le changement climatique et la préservation de notre environnement, mais il implique également d’apporter des solutions qui répondent aux besoins sociaux des Gabonais et gabonaises, notamment en matière d’éducation, de santé, de protection sociale et d’emploi.

Comment comptez-vous parvenir à relancer l’économie gabonaise ?

Mike Jocktane : Depuis plusieurs mois, j’ai eu l’occasion d’indiquer que mon plan de relance économique repose sur le lancement d’un programme de grands travaux notamment par la réhabilitation et la construction d’infrastructures routières, ferroviaires, fluviales et maritimes ainsi que des hôpitaux, des écoles, des universités, et des réseaux de distribution d’eau et électricité.

La viabilisation des infrastructures est essentielle pour dynamiser le tissu économique, accroître l’investissement et contribuer à l’autonomisation de toutes les provinces du Gabon. Cette politique de grands travaux facilitera la libre circulation des hommes et des marchandises indispensables aux échanges commerciaux. Ce programme d’ajustement structurel sera également source de création d’emplois et contribuera à la relance économique dont les Gabonais et les Gabonaises seront les premiers bénéficiaires.

Par ailleurs, je mettrai en place un plan de transformation, d’accélération et de diversification

économique en soutenant fortement les processus d’industrialisation des PME et PMI locales. En effet, il est essentiel de diversifier nos activités économiques en boostant l’économie verte, en accélérant l’éclosion de l’économie bleue et de l’économie numérique.

Nous devons aussi développer un tissu d’entrepreneurs gabonais ce qui implique de simplifier les formalités de création d’entreprises, faciliter l’accès aux crédits, micro-crédits et à des fonds de garantie à des taux préférentiels.

Cela nous permettra de développer le « Made In Gabon », c’est-à-dire d’optimiser l’exploitation des ressources locales et valoriser les savoir-faire pour lutter contre la délocalisation de la main-d’œuvre et faire rayonner le Gabon dans la sous-région et à l’international.

Bien évidemment, ces mesures supposent aussi que nous parvenions à rétablir la confiance économique avec les investisseurs privés et les bailleurs de fonds internationaux qui contribueront au financement de nos projets prioritaires.

Cela passe par un effort impératif de transparence sur l’avancée des projets, sur la gestion et l’utilisation des financements et sur les partenaires de premier ordre qui nous accompagneront.

Quels sont les secteurs économiques prioritaires à développer selon vous ?

Avant tout, il me paraît essentiel que le Gabon renforce son autonomie dans des secteurs aussi importants que ceux de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage.

Le Gabon dispose de nombreuses ressources, souvent peu ou mal exploitées. Depuis des décennies, notre pays a misé sur l’exploitation du pétrole, des mines et des forêts. En revanche, le secteur agricole est le parent pauvre de notre économie puisque moins de 1% du budget national y est consacré.

Or, nous devons acquérir une autonomie dans notre production agricole, notamment concernant les produits de première nécessité, afin de limiter au maximum des importations coûteuses.

Aujourd’hui, le Gabon importe près de 95% des denrées alimentaires nécessaires pour la population, ce qui représente 16% de la dette extérieure du pays. De même, le potentiel halieutique du Gabon est élevé, mais sous-exploité. Alors que les Gabonais sont les plus gros consommateurs de poisson par habitant de la sous-région, la pêche ne couvre qu'un tiers des besoins.

C’est cette économie verte et bleue que nous devons développer. Cela nous permettra en outre de réduire notre dette extérieure pour favoriser l’investissement dans d’autres secteurs prioritaires et à terme de rééquilibrer la balance commerciale.

Ma stratégie pour promouvoir le secteur agricole est fondée tout d’abord sur l’éducation et la formation afin que notre pays dispose d’une main-d’œuvre qualifiée capable d’intervenir à tous les niveaux des chaînes de production. L’objectif est de mettre en place une politique en faveur des activités de transformation des produits agricoles afin de générer plus de valeur ajoutée sur nos produits d’exportation.

Toutes ces mesures permettront non seulement d’accroître la production agricole pour atteindre

l’autosuffisance alimentaire et répondre au besoin de la demande intérieure, mais également de lutter contre la délocalisation de la main-d’œuvre et de réduire nos importations tout en donnant de la valeur au « made in Gabon » et rendre sa dignité au peuple gabonais.

Comment comptez-vous lutter contre la pauvreté qui touche de nombreux Gabonais ?

Je l’ai toujours dit, ma priorité est de lutter contre l’injustice sociale et mettre fin à l’extrême.

pauvreté qui frappe de trop nombreux gabonais et gabonaises.

J’estime que c’est le premier devoir de tout Président digne de ce nom de garantir à son peuple le minimum vital auquel il a droit.

J’ai pour ambition d’éradiquer l’extrême pauvreté et réinstaurer un équilibre social fondé sur une politique de bonne gouvernance. Nous devons assurer à chaque Gabonais et chaque Gabonaise un accès inconditionnel à l’eau, à l’électricité, à un système de santé performant et à un logement décent.

Outre les travaux d’infrastructures absolument indispensables que j’ai évoqués précédemment, il me paraît évident que l’éducation et la formation sont un facteur clé.

Dans ce domaine, ma politique vise à améliorer la qualité et la professionnalisation des enseignements pour permettre aux élèves et aux étudiants non seulement d’acquérir des

compétences appropriées, mais aussi de développer la confiance en soi, l’esprit critique pour les aider à devenir des citoyens responsables.

Encore faut-il que tous les diplômés puissent accéder à un emploi en rapport avec leur formation. Or, au Gabon, le chômage est un fléau qui frappe la population et en premier lieu la jeunesse.

Pour lutter contre la pauvreté, il faut impérativement résoudre la question de l’emploi en incitant les entreprises étrangères à s’installer sur le territoire dans des conditions favorables tout en encourageant l’entreprenariat local, et en mettant en place une politique fiscale attractive.

Si vous êtes élu président de la République, quelles mesures prendrez-vous dans les domaines de la santé, de l’éducation et des routes ?

En tant qu’homme politique et citoyen membre de la société civile, j’ai pu observer comme vous et depuis bien longtemps, la réalité du manque latent d’infrastructures et de dispositifs dans les domaines de la santé et de l’éducation.

Or, ces 2 domaines sont les vecteurs fondamentaux qui contribuent à l’épanouissement et la construction de chaque être humain. La santé, l’éducation, tout comme l’accès à l’eau et à l’électricité, sont des besoins essentiels et donc une urgence pour les Gabonais.

Concernant la santé, je partage avec les Gabonais la conviction qu’il n’y a pas de développement efficient sans système de santé performant. Il est essentiel et prioritaire que tous les Gabonais puissent être soignés de manière qualitative et à moindre coût, parfois gratuitement pour les plus défavorisés.

Il convient de restructurer notre système de sécurité sociale, notamment en réformant et en comblant le déficit de la CNSS et de la CNAMGS.

Par ailleurs, nous devons bien sûr construire des établissements de santé, des hôpitaux mais cela implique des investissements que nous ne pouvons pas faire supporter à nos concitoyens. Nous devons donc faire appel à la communauté internationale et demander aux bailleurs de fonds institutionnels de nous accompagner dans le financement de tels projets. C’est la raison pour laquelle il est encore une fois impératif que nous fassions preuve de transparence et de bonne gouvernance vis-à-vis de ces institutions internationales pour rétablir la confiance économique.

En outre, avec les subventions dont bénéficie déjà le Gabon, et avec l’appui d’ONGs spécialisées dans le domaine de la santé, nous pouvons d’ores et déjà réhabiliter les infrastructures, les hôpitaux et dispensaires existants et obtenir les matériels élémentaires, indispensables au quotidien pour le bon fonctionnement de nos centres de santé. Nous pouvons et devons signer des partenariats publics / privés avec des groupes pharmaceutiques pour obtenir les médicaments de base qu’attendent les Gabonais.

Il en est de même pour l’éducation où nous relancerons de grands travaux de réhabilitation et de construction de classes et d’universités qui n’auraient jamais dû être interrompus. Parallèlement, la profession d’enseignant doit être revalorisée et j’entends donc rétablir le dialogue social avec le monde de l’éducation (de la primaire jusqu’à l’université) pour améliorer leurs conditions de travail et réévaluer leur niveau de salaire.

S’agissant des infrastructures routières, comme je l’ai déjà indiqué, il n’y aura pas de développement économique du Gabon sans un réseau routier de qualité. En effet, sans routes, il n’y a pas de circulation de marchandises et donc de capitaux nécessaires au développement économique du Gabon.

Avant tout, nous ferons l’état des lieux de notre réseau routier région par région. Nous engagerons des études sérieuses pour évaluer le coût du kilomètre de construction ou de réhabilitation des routes. Nous étudierons également avec des experts, l’opportunité et la possibilité de réaliser de nouvelles routes, tout en entretenant celles existantes, notamment sur les grands axes de convergence économique où se situent les zones portuaires et aéroportuaire.

À mesure que nous nous rapprochons de l’échéance électorale des coalitions vont se former. Êtes-vous favorable à une coalition de l’opposition ?

Cette question me paraît largement prématurée alors même que tous les éventuels candidats ne se sont pas déclarés et que nous ignorons encore quelles seront leurs propositions pour le Gabon.

Personnellement, étant profondément attaché aux valeurs démocratiques, je crois au droit du peuple à choisir son représentant, c’est-à-dire la personne qui est la plus à même de présider à la destinée de la nation. L’élection présidentielle, c’est la rencontre d’un homme porteur d’un projet, d’un programme et de valeurs avec son peuple.

Pour incarner les ambitions du peuple gabonais, j’estime bénéficier d’une vraie légitimité populaire pour le fédérer et compter sur leurs voix dans les urnes.

C’est pour cela que, depuis janvier dernier, je parcours le pays, allant de province en province et de village en village, à la rencontre des Gabonais et gabonaises. Durant ces tournées républicaines, je leur partage ma vision, mon ambition et mon projet pour le Gabon et, en retour, ils me confient les réalités de leur vie quotidienne, leur détresse et leurs espoirs.

Par conséquent, s’il doit y avoir une candidature unique, il faut qu’elle se fasse sur la base d’une légitimité populaire incontestable et avérée.

Interview réalisée par Elzo Mvoula

Article du 17 octobre 2022 - 11:31am

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