Recul de la démocratie et bâillonnement des libertés au Gabon : le silence de l’Union européenne

Par Brandy MAMBOUNDOU / 12 jan 2022 / 0 commentaire(s)
L'ambassadeur de l'Union éuropéenne au Gabon.

Un an après la fin du Dialogue politique intensifié entre le Gabon et la délégation de l’Union européenne conduite par Rosario Bento Pais, les Gabonais attendent toujours de voir quelque lueur de progrès en matière de droits de l’homme ou d’avancée démocratique. Le dialogue serait-il lui aussi « covidé » ?

Le covid-19 aura-t-il eu raison des velléités diplomatiques de l’Union européenne au Gabon ? On peut se poser la question. Et pas qu’un peu. Car au vu des restrictions des libertés et des dérives diverses que le gouvernement gabonais multiplie sous prétexte de lutter contre la pandémie, on se demande si le Dialogue politique intensifié avec l’Union européenne a vraiment servi à quelque chose. Plus d’un an après la remise du rapport des débats par Rosario Bento Pais à Ali Bongo, le 12 décembre 2020, on scrute toujours le ciel gabonais plombé par le coronavirus, pour y déceler les effets de quatre années d’efforts acharnés en vue d’obliger le régime à respecter l’Accord de Cotonou.

La délégation, pourtant, ne chôme pas. Le jeudi 06 janvier dernier, au titre du mécanisme Covax, elle a joué les intermédiaires entre la Grèce et le Gabon pour l’acquisition d’un don de 150000 doses du vaccin Johnson & Johnson. Et quelques jours auparavant, elle a donné son feu vert pour un nouveau protocole à l’accord de partenariat de pêche durable (APPD) dont la mise en œuvre a été approuvée par le Parlement européen le 14 décembre 2021. Mais ce n’est pas sur ces terrains-là que les Gabonais attendent Rosario Bento Pais. Ils aimeraient l’entendre sur d’autres sujets plus préoccupants, noter des effets de son action pour passer de la parole aux actes.

Parmi les questions inscrites sur l’agenda de la décrispation du climat politique, un dialogue inclusif entre les Gabonais est toujours attendu, mais se heurte au refus – inexplicable – d’Ali Bongo, malgré les arguments pertinents de feu Guy Christian Mavioga, ou Louis Gaston Mayila. L’Union européenne en pense quoi ? Faut-il que le pire se produise d’abord ? Autre point d’achoppement : l’indemnisation des victimes d’arrestations arbitraires, sans même parler des familles des disparus. C’est le black-out total, comme si ces stigmates de la violation du droit avaient été purement et simplement effacés d’un trait de plume. 

Deux sujets majeurs restent en suspens : le sort des Jean-Pierre Lemboumba, Alfred Mabika, Ludovic Ognagna, Alfred Nguia Banda…des exilés politiques et la question des droits de l’homme. Sauf à se mentir, et même les magistrats gabonais sont les premiers à le reconnaître, le régime viole ouvertement les droits des Gabonais, y compris l’imprescriptible liberté de circuler sur leur propre territoire. S’il peut le faire au nez et à la barbe de l’Union européenne, à quoi sert donc celle-ci ? Ne devrait-elle pas justifier le bien-fondé de sa présence ? A ce titre, elle aura conquis ses lettres de noblesse quand elle sera parvenue – avec la France – à régler la question des Gabonais exilés pour des raisons politiques. Car, elle reste le principal interlocuteur capable de faire fléchir Ali Bongo en vue d’une décrispation dont la condition sine qua non est la réconciliation et le pardon.

Sur tous ces sujets qui impatientent le peuple gabonais, des actes, minimes soient-ils, donneraient un peu plus de crédit à la Délégation de l’Union européenne qui jusqu’ici semble caresser le pouvoir en place dans le sens du poil. 

Nicolas NDONG ESSONO

Article du 12 janvier 2022 - 10:59am

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