Sénégal : Macky Sall préparerait-il un troisième mandat de tous les dangers après la nomination d’un nouveau Premier ministre ?

Par Brandy MAMBOUNDOU / 23 sep 2022 / 0 commentaire(s)
Le président sénagalais devrait réfléchir avant toute idée de maintien au pouvoir.

Depuis sa réélection, en 2019, le président sénégalais n’a jamais caché son ambition de préparer un comeback en 2024. Mieux, avec des mots remplis de sous-entendus, il a même évoqué une éventuelle possibilité de briguer un troisième mandat. La nomination d’Amadou Bâ à la primature ne serait-elle pas un premier pas vers la concrétisation de cette ambition ?

« Je me prononcerai sur le sujet après les prochaines législatives ». Avec cette déclaration, en février dernier, en marge du sommet de l’Union africaine à Addis Abeba, Macky Sall ne cachait plus son intention de briguer un troisième mandat à la tête du Sénégal. Après des législatives tumultueuses, où l’opposition a été en partie étouffée, avec l’empêchement de l’équipe d’Ousmane Sanko de concourir, Macky Sall est arrivé à se « fabriquer » une majorité à l’Assemblée nationale. Une gymnastique politique compliquée, d’autant plus qu’il n’a pas pu l’obtenir dans les urnes, comme il le prévoyait.

Majorité « façon-façon »

En effet, après la proclamation des résultats des votes des législatives d’août dernier, la majorité présidentielle s’est retrouvée avec 82 sièges, contre 125 à la législature antérieure. Ce qui augurait, d’ores et déjà, un mauvais présage pour le président de la République, n’eut été le coup de Jarnac de l’ancien maire de Dakar, Pape Diop, qui a rejoint traîtreusement la majorité présidentielle. Donnant ainsi une majorité « façon-façon » à Macky Sall, lui ouvrant ainsi une possibilité de « bidouiller » la Constitution et de pouvoir se présenter à la présidentielle de 2024.

Critiqué par la majorité de la population pour son exercice d’un pouvoir absolu depuis 2019, Macky Sall vient donc de nommer son ancien ministre des Finances, Amadou Bâ à la primature. Le nouveau chef du gouvernement aura pour principale mission de polir l’image de Macky Sall, en s’attaquant, dans un premier temps, à la hausse des prix et à la vie chère au Sénégal. Il devra pour cela mener de véritables concertations, mais aussi prendre des mesures draconiennes sur le plan social, selon la volonté de Macky Sall, détaillées dans une adresse de celui-ci à la nation, diffusée sur la télévision nationale. En substance, les « mesures d’allègement du coût de la vie et de soutien à l’emploi et l’entrepreneuriat des jeunes, la lutte contre les inondations et la cherté du loyer resteront pour moi la priorité des priorités ». Ces mêmes priorités ont été rappelées par le nouveau Premier ministre dans sa première allocution après la lecture du décret par le secrétaire général de la présidence de la République.

Mêmes erreurs de jugement qu’Abdoulaye Wade ?

En vérité, cette politique de l’autruche que mène Macky Sall, ne pourra tromper bon nombre de Sénégalais. Car, personne n’ignore que la nomination d’Amadou Bâ à la primature est le début d’une campagne subtile de la présidentielle de 2024. En effet, l’actuel chef de l’Etat sénégalais sait absolument que sa candidature pourrait rencontrer les mêmes difficultés endurées par Abdoulaye Wade, quand celui-ci avait voulu faire un passage en force pour un troisième mandat en 2012. Ce qui avait suscité une levée de boucliers, favorisant la coalition de toute l’opposition qui a porté Macky Sall au pouvoir.

Cette même coalition se lève aujourd’hui pour dénoncer l’ambition de ce même Macky Sall de se porter candidat pour un mandat de trop. Il ne suffirait donc pas de nommer un Premier ministre, pour tenter de « noyer le poisson », ou de fabriquer une majorité à l’Assemblée nationale. Les suffrages ont été assez clairs, le peuple n’a point accordé sa confiance à Macky Sall. Il lui faudrait alors tirer toutes les conséquences de son entêtement à vouloir un troisième mandat. La leçon donnée à Abdoulaye Wade est encore très récente dans la mémoire populaire des Sénégalais. Et s’il a pu profiter des erreurs de jugement de son prédécesseur, il pourrait chuter à cause de ses propres turpitudes. Car, la sagesse conseille : « Qui n’a dans la tête un grain d’ambition ? Mais en montant sur le faîte et en s’y complaisant, il faut aussi prévoir la chute ».

Vichanie Mamboundou

Article du 23 septembre 2022 - 9:06am

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