Soubresauts au pays de la Téranga: Comment Macky Sall s’est « fabriqué » Ousmane Sonko !

Par Elzo MVOULA / 15 mar 2021 / 0 commentaire(s)
Ousmane Sonko, opposant sénégalais.

En voulant, coûte que coûte, réduire à néant son principal opposant, le président sénégalais, sans le vouloir, peut-être, sans le savoir certainement, vient d’indiquer aux Sénégalais son successeur. C’est donc une question…de temps.

Si le président sénégalais n’écoutait pas trop souvent la petite voix intérieure qui lui inspire la vengeance, l’opposant Ousmane Sonko n’aurait peut-être pas existé. Ce diplômé de l’Ecole nationale d’administration de Dakar serait sans doute resté un « simple » fonctionnaire des Impôts ou, tout au plus, un leader syndical au verbe haut. Mais la propension morbide du fils spirituel d’Abdoulaye Wade à mater et à régler les comptes a propulsé le jeune Sonko au- devant de la scène politique, au point qu’il représente aujourd’hui l’alternative face à Macky Sall, qu’une bonne partie des Sénégalais soupçonnent de vouloir briguer un troisième mandat en 2024.

Quand, en 2016, le jeune inspecteur central des Impôts Ousmane Sonko dit avoir découvert des irrégularités dans les dossiers et réclame la bonne gouvernance, l’administration perd ses moyens et choisit la solution radicale consistant à le radier de la Fonction publique, pour manquement au devoir de réserve. Dans un pays où la parole a été libérée depuis le premier président, Léopold Sédar Senghor, qui, à la différence de plusieurs de ses homologues africains, a admis le multipartisme, empêcher un citoyen, fut-il agent public, d’appeler à une gouvernance vertueuse est difficilement admissible. Surtout lorsque le citoyen en question est un jeune homme décomplexé, qui a vu des mouvements de la société civile crier « Y en a marre », et bouter un président, en l’occurrence Abdoulaye Wade, hors du pouvoir.

Le quadragénaire Ousmane Sonko se fait élire député.

En attendant la présidentielle de 2019, le quadragénaire Ousmane Sonko se fait élire député en 2017, après avoir créé un parti politique, Patriotes du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef). Il a acquis la légitimité populaire et dispose désormais d’un instrument pour critiquer, avec plus de virulence, la gouvernance de Macky Sall. Il est vrai que les scandales n’ont pas manqué. Un ministre a démissionné pour ne pas se rendre complice de la spoliation du Sénégal dans l’exploitation du pétrole. Le frère cadet du président a été contraint à la démission, après avoir été accusé de malversations et de délit d’initiés. Bien que sans attributions constitutionnelles, la première dame est soupçonnée d’immixtion dans la gestion des affaires de la République, en obtenant la promotion des siens.

A la présidentielle de février 2019, le jeune Ousmane Sonko, sans réel pedigree politique, décroche, à la surprise générale, la troisième place, derrière le président sortant, Macky Sall, et l’ancien Premier ministre Idrissa Seck. Depuis, plus rien ne l’arrête et les Sénégalais le portent en triomphe, comme on peut le constater ces derniers jours. Macky Sall peut-il se départir de la vendetta ? Le président sénégalais est, avec Idrissa Seck, un fils spirituel d’Abdoulaye Wade, qui était sans pitié pour quiconque le contrariait. Lui- même Macky Sall en a souffert, pour avoir voulu, en tant que président de l’Assemblée nationale, voir clair dans la gestion par Karim Wade des fonds d’un sommet de l’Organisation de la conférence islamique au Sénégal. Abdoulaye Wade le fit déchoir du perchoir.

Macky Sall devint un martyr.

C’est ainsi que Macky Sall devint un martyr, statut sur lequel il bâtit son accession à la présidence de la République en 2012, face à son mentor essoufflé et honni. Avant lui, Idrissa Seck, longtemps considéré comme le dauphin de Wade, connut la disgrâce et l’humiliation, pour avoir exprimé ses réserves sur un projet de dévolution monarchique du pouvoir.

Quand Macky Sall accède au pouvoir en 2012, il s’emploie, sous prétexte de traquer les auteurs de détournements de deniers publics, à faire subir des humiliations à Karim Wade, à cause de qui il a connu la traversée du désert. Avec un casier judiciaire chargé, Wade fils aura du mal à prendre part à une élection présidentielle au Sénégal.

Mais la gouvernance de Macky Sall est-elle exempte de tout reproche ? Les dénonciations faites par Ousmane Sonko et les accusations que les Sénégalais portent contre la famille présidentielle sont-elles sans fondement ? La mobilisation des Sénégalais, consécutive à l’arrestation de Sonko, est un élément de réponse.

Pour tout dire, si Macky Sall l’ignore encore, à travers son goût de la vengeance et de l’intolérance, il vient de faire d’Ousmane Sonko, le prochain président de la République. L’histoire au Sénégal étant un éternel recommencement.

 

Elzo MVOULA

 

Article du 15 mars 2021 - 2:53pm

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