Sylvain Ombinda Talheywa III : « Nous avons tout essayé mais… »

Par Nicolas NDONG ESSONO / 09 nov 2021 / 0 commentaire(s)
Sylvain Ombinda Talheywa III

Si depuis le 15 octobre 2021, la montée de température au sein des régies financières et administrations assimilées a engendré des mouvements de protestation, visibles tant à Arambo qu’à l’esplanade du ministère du Budget, la position de la puissante Fédération des collecteurs des régies financières a été diversement appréciée dans plusieurs milieux. Ainsi, alors que les autres agents des mamelles de l’Etat sont vent debout, le Porte-parole explique la position de la Fecorefi et les démarches entreprises jusque-là. Lecture !

Propos recueillis par Dess Bombe

Gabonclic.info : Le 15 octobre 2021, la quasi-totalité des syndicats des Régies financières et Administrations assimilées est montée au créneau pour remettre en cause le paiement de la Prime à la Performance Budgétaire (PPB) du mois de septembre 2021, qui n’a été que de 36% de son montant initial. Pour quelles raisons n’avons-nous pas senti la présence de la FECOREFI ?

 

Sylvain Ombinda Talheywa III

Sylvain Ombinda Talheywa III : En effet, le 15 octobre 2021, les agents des Régies financières et Administrations assimilées ont vu leur Prime à la Performance Budgétaire (PPB) du mois de septembre être réduite de 64% de son montant initial, ce qui a immédiatement conduit à une levée de boucliers, et ce à raison. La Fédération des Collecteurs des Régies Financières (FECOREFI) a, au cours de son dernier point de presse tenu le 19 octobre 2021, pris acte de ce paiement tout en informant l’opinion publique des démarches entreprises pour parvenir à des solutions qui assurent non seulement le bon fonctionnement de nos administrations, mais aussi et surtout la juste rémunération des efforts consentis par les agents des Régies Financières et Administrations assimilées.

Permettez-nous de profiter de la tribune que vous nous offrez pour apporter quelques éclaircissements sur ce que certains considèrent comme une non-implication dans ces différents mouvements, alors qu’il n’en est nullement le cas.

Pris en application des dispositions du décret n°00429/PR/PM du 24 décembre 2020, l’arrêté mettant en place le comité technique de gestion de la Prime à la Performance Budgétaire intègre les partenaires sociaux comme membre audit comité. Ce comité qui est purement technique ne discute que des chiffres. Notre Fédération ne regroupant que les collecteurs, c’est-à-dire ceux à qui on fixe les objectifs budgétaires et qui ont la lourde charge de les réaliser malgré ce contexte de forte morosité économique, l’a, à raison intégrée.

Loin d’être la caution parfaite de la gestion approximative des Régies Financières, rôle et mission dévolus à l’Administration, nous y sommes pour apporter notre contribution pour un retour à l’accalmie dans nos différentes administrations, comme en témoignent nos rapports quelquefois conflictuels.

C’est donc à raison que nous avons estimé saisir officiellement les plus hautes autorités, aux fins de prévenir de la tournure critique de la situation, et des mesures urgentes à prendre pour endiguer le flot des contestations qui pourraient conduire à une démobilisation des agents, préjudiciable à la collecte des deniers publics.

Donc vous n’avez pas été absents des manifestations en cours ?

Non, nous n’avons pas été absent du tout, nous avons plutôt opté pour une démarche procédurale.

Quelles sont les démarches que vous avez entreprises et quels en sont les résultats ?

L’analyse de la situation ayant conduit au paiement de 36 % laissant apparaître un problème plus structurel qu’organisationnel, nous avons immédiatement déposé sur la table de madame le Premier ministre, cheffe du Gouvernement, un mémoire en réplique comportant une alternative. Soit nous détruisons ce pot commun, source de tous les problèmes actuels, soit nous procédons à une revalorisation raisonnable de l’appui budgétaire dédié à la Prime à la Performance Budgétaire.

A y voir de plus près, aucune autre préconisation ne garantirait la mobilisation des agents et le maintien d’un climat social apaisé et serein au sein des Régies Financières.

Malheureusement, ni le comité de coordination regroupant les trois ministres impliqués dans ce dossier, à savoir le ministre de l’Economie et de la Relance (Présidente), le ministre du Budget et des Comptes Publics (1er Vice-Président) et le ministre du Pétrole (2ème Vice-Président) n’a daigné accorder la moindre importance à notre démarche, encore moins Madame le Premier ministre, cheffe du Gouvernement, aphone depuis près de 3 semaines.

Pensez-vous que cette attitude est respectueuse du principe de partenariat tant clamé par ces autorités ?

Le Gouvernement démontre qu’il n’a réellement cure de l’abnégation des agents collecteurs qui ont, malgré le choc brutal des 36% de PPB, tenu à assurer le bon fonctionnement des Impôts, des Douanes, des Hydrocarbures et du Trésor. Devant autant de mépris et d’indifférence, pourquoi les agents collecteurs devraient-ils se retenir ?

Que doit-on comprendre ?

Il n’est nullement besoin d’être érudit pour comprendre que le Gouvernement n’a rien à faire de la crise dans les Régies Financières. Il préfère s’ingénier à chercher des boucs émissaires aux conséquences qui découleraient d’un éventuel blocage des administrations collectrices. Rien ne peut expliquer qu’une telle crise puisse perdurer depuis 2014 sans que personne ne s’en émeuve.

Nous vous retournons la question, que doit-on comprendre du silence méprisant du Gouvernement bien que les Partenaires sociaux aient soumis des propositions constructives, et assuré le bon fonctionnement de l’Administration ?

Ne donnent-ils pas là le ton pour faire de ce pays ce qu’ils aimeraient qu’il soit ?

Dans les détails !

Les Régies financières sont, de par le monde, le bras séculier du pouvoir établi et en tant que tel, elles méritent une gestion optimale. Nous voulons que les Gabonais comprennent que chaque secteur d’activité bénéficie des avantages liés à leurs missions, et les Régies financières ne peuvent déroger à cette règle. Au nom du principe des droits acquis, il ne saurait être admis que ces acquis puissent faire l’objet d’une remise en question sans que personne ne puisse lever le petit doigt.

La Fédération des Collecteurs des Régies Financières (FECOREFI) se réserve le droit de convoquer, dans les tout prochains jours, une Assemblée générale pour fixer les responsabilités de chaque partie, et pour décision à prendre. Devant le mépris persistant du Gouvernement, personne n’intentera un procès en sorcellerie contre la décision des collecteurs et les conséquences qui en découleront.

Votre mot de la fin

Le calme avant la tempête ? Seul le Gouvernement a la réponse à cette question et notre pays la connaîtra bien assez tôt. Nous avons tout essayé mais…

Article du 9 novembre 2021 - 9:34am

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