Joël Ngoueneni Ndzengouma : « La cote de popularité de Brice Clotaire Oligui Nguema a beaucoup baissé »

Par Brandy MAMBOUNDOU / 21 fév 2024 / 0 commentaire(s)

 

Loin d’être un blâme, le Président du parti pour les 7 Merveilles du peuple gabonais (7MP) donne l’alerte par rapport aux dérives observées depuis l’acte historique et héroïque des militaires du 30 août dernier. Ce député de la Transition, originaire de la Sébé-Brikolo, secoue ainsi le cocotier pour amener les uns et les autres à prendre conscience des défis collectifs à relever pour la réussite de la Transition. Car, dit-il avec gravité « en cinq mois seulement, il y a déjà trop de silences complices, d’injustices, d’erreurs de casting et de choix politiques inappropriés ». Pas que ! Au reste, poursuit-il « une très large frange de la population gabonaise nous fait régulièrement savoir que les profonds changements attendus, à propos du respect de l’Etat de droit, du style de management, du respect de la volonté et de la souveraineté du peuple, tardent toujours à venir ». Du coup, il appartient donc au Général-Président - contrairement à son prédécesseur Ali Bongo, bouché à l’émeri – d’opérer « une rectification chirurgicale » de l’Opération Dignité à travers des décisions frappées du coin de l’équité dans tous les domaines. Dans l’entretien ci-dessous, ce soutien indéfectible de Jean Ping émet des propositions susceptibles d’apporter « la justice, la paix et la joie » au sein de la population. Lecture !

 

Gabonclic.info : Quatorze ans durant, vous étiez au front contre la gouvernance meurtrière d'Ali Bongo. Puis vint le 30 août 2023, avec le succès de l'opération « Dignité », lancée par les militaires, pour éviter un bain de sang lors de l’annonce des résultats de l’élection présidentielle du 26 août 2023. Cinq mois après, quels sentiments vous animent ?

Joël Ngoueneni Ndzengouma : Avant de répondre à votre question, permettez-moi de vous remercier, pour l’opportunité que vous m’offrez, en me donnant la parole. Pour revenir à votre préoccupation, il me paraît important de rappeler que c’est en 2010 que le 7MP, ce parti dont je suis le président-fondateur, a été créé. Dès que le 7MP a été porté sur les fonts baptismaux, nous avons pris parti contre la politique menée par Ali Bongo. C’est donc dans le camp de l’opposition que nous avons participé, en 2011 et en 2013, aux élections législatives et locales. Avec des résultats encourageants, notamment le fait d’avoir eu des élus locaux et l’obtention de près de 4 mille voix. L’implantation du parti s’est faite avec satisfaction, dans les 9 provinces du Gabon.

Puis, en mars 2014, nous nous sommes engagés avec son Excellence Jean Ping, pour continuer la lutte avec plus de moyens, plus d’expérience et plus de pertinence. Depuis lors, le 7MP s’est fait sa place, sur la scène politique gabonaise. Avec Jean Ping, nous avons fait le tour du Gabon. Nous avons fait notre part du travail, pour gagner l’élection présidentielle de 2016 et pour porter, au niveau national et international, un plaidoyer politique et diplomatique qui a notoirement fragilisé le régime d’Ali Bongo, ici et ailleurs. 

J’ai, personnellement, eu la grâce d’accompagner le président Jean Ping, un peu partout. Ici au Gabon ou à l’extérieur du pays, en participant à des rencontres diplomatiques de très haut niveau, notamment en France, en Belgique et en Suisse. J’ai effectué plusieurs voyages, avec Jean Ping et d’autres compatriotes, à l’instar de Séraphin Moundounga, l’actuel président du CESE (Conseil économique, social et environnemental, ndlr), Alexandre Barro Chambrier, l’actuel vice-Premier ministre, et Laurence Ndong, l’actuelle ministre de la Communication. Jusqu’à la veille du 30 août 2023, avec d’autres compatriotes, très efficaces et bien connus dans les salons feutrés, le président du 7MP que je suis a œuvré pour l’avènement d’une transition politique pacifique, au Gabon. Comme si les dieux de la politique nous avaient exaucés, le CTRI (Comité pour la transition et l restauration des institutions, ndlr) a pris le pouvoir, sans effusion de sang et sans grabuge. Le 7MP a applaudi et salué ce coup de libération, en acceptant la main tendue du CTRI. Nous disons : Dieu soit loué ! Et, nous remercions infiniment le Général Brice Clotaire Oligui Nguema et ses frères d’armes.

Comment voyez-vous le Gabon, sous l'ère des militaires, et que pensez-vous de la gouvernance actuelle du Gabon ?

La réponse, à cette question, exige que soit convoqué, au débat, l’examen des engagements des militaires, notamment les promesses du Général Brice Clotaire Oligui Nguema. Pour cela, il faut se référer aux communiqués des militaires, aux déclarations ou décisions officielles et à la lecture de la feuille de route de la Transition. Même s’il est très tôt pour faire un bilan objectif, il faut noter et apprécier, à sa juste valeur, qu’il y a une volonté manifeste d’apporter un mieux-être aux Gabonais et de faire du Gabon un pays digne d’envie. Mais, il est aussi vrai de reconnaître que plusieurs mécontentements et cris légitimes se font entendre. Sans qu’il n’ait besoin de donner des détails, il apparaît très nettement que la cote de popularité de Brice Clotaire Oligui Nguema a beaucoup baissé. A cet effet, on ne peut qu’interpeller le président de la Transition et son entourage. Il y a, certes, beaucoup de raisons de garder espoir. Cependant, en toute honnêteté, en 5 mois seulement, il y a déjà trop de silences complices, trop d’injustices, trop d’erreurs de casting et trop de choix politiques inappropriés. Oui, on a obtenu l’Alternance. Mais, une très large frange de la population gabonaise nous fait régulièrement savoir que les profonds changements attendus, à propos du respect de l’Etat de droit, du style de management, du respect de la volonté et de la souveraineté du peuple, tardent toujours à venir.

Avec ce qu’on a déjà vu, en 5 mois, il y a beaucoup de questions qui taraudent les esprits perspicaces. De la position qui est la mienne, j’entends les Gabonaises et les Gabonais se questionner et interroger les Institutions de la Transition : y a-t-il eu une véritable remise en cause du Système Bongo-PDG ou le coup d’Etat a été simplement un moyen de changer pour ne rien changer ? Telle est la question majeure qui revient, sous plusieurs formes. A chacun de se faire son opinion. En tant que député de la Transition et, surtout, en tant que leader politique, j’ai aussi déjà commencé à réfléchir sérieusement sur cette préoccupation fondamentale. Le moment venu, je m’exprimerai à ce sujet.

Dans un message audio sur les réseaux sociaux, vous répondez à un compatriote originaire du Haut-Ogooué. Quelle est la traduction de votre pensée ?

J’ai pour habitude d’être à l’écoute de nos compatriotes. Mon statut et ma position politiques me l’imposent. Lors de la discussion que vous évoquez, je répondais à un compatriote altogovéen, qui s’est plaint de certaines injustices qui persistent, y compris entre les filles et fils du G2. Il a déploré le manque de solidarité et d’unité, dans le Haut-Ogooué. Il a rappelé aussi que plusieurs habitudes, dénoncées au temps d’Ali Bongo, sont toujours là. Il a particulièrement pointé du doigt plusieurs nominations non appropriées ou des nominations aux relents despotiques, ethniques et fantaisistes. Je lui ai répondu, en lui prodiguant des conseils.

En puisant dans la sagesse de nos ancêtres, je lui ai demandé de se calmer et de laisser l’avenir lui donner raison ou tort. Dans cet exercice, je lui ai rappelé quelques maximes, notamment celles-ci : « Quand le chasseur, en revenant au village, décide que son gibier est destiné à deux personnes, il n’est pas sage d’essayer d’en ajouter les ayants droit » ; « quand tu conseilles les gens et qu’ils ne t’écoutent pas, il est sage de les laisser faire…afin qu’ils constatent, in fine, que tu aurais pu leur éviter d’acheter des noix de palme qui provenaient de leur propre palmier » ; « quand tu as essayé d’user de tes pouvoirs, pour arrêter une pluie désastreuse au village, et que tu n’y arrives pas, il est sage de s’en remettre à l’évidence et de ranger les outils utilisés » ; « il est sage de laisser les conséquences conseiller ceux qui n’écoutent pas. »

Concrètement, comment transformer les inquiétudes actuelles en certitudes d'un Gabon pour tous meilleur demain ?

Les plaintes et les cris de plusieurs compatriotes que nous entendons, çà et là, sont des indicateurs d’un malaise profond. J’ose espérer que le président de la Transition les entendra, pour apporter des mesures correctives. A mon humble avis, trois (3) problèmes de fond cristallisent les attentes des Gabonais. Primo, ils veulent que le passif du Système Bongo-PDG soit soldé. Deuxio, ils attendent que des signaux forts leur soient envoyés, pour attester que le Gabon est un bien commun, qui appartient à tous les Gabonais et non pas seulement aux tenants du pouvoir et à leurs proches. Tertio, ils veulent que les richesses du pays soient équitablement partagées et redistribuées, afin que chacun ait sa juste part.

Pour espérer résoudre efficacement ces problèmes fondamentaux, il faut qu’on change la conception qu’on a du pouvoir et la philosophie qui guide la gestion de notre pays. En effet, il nous faut situer la nature, l’essence et l’origine du pouvoir politique. De qui on le tient ; de Dieu, des Ancêtres ou du peuple souverain ? Quand on accède à des hautes fonctions, c’est pour servir ou pour être servis ; pour recevoir ou pour donner ? A-t-on compris qu’un dirigeant est une personne qui doit être habitée, en vue d’accomplir une mission qui invite à se transcender ? C’est en prenant le temps de répondre à ces interrogations que la lumière et l’énergie viendront, à quiconque veut faire progresser son pays vers la félicité. C’est la voie royale, pour choisir les bons dirigeants, pour avoir des bonnes idées et des forces positives, afin de mener à bien des projets de développement susceptibles d’apporter la justice, la paix et la joie. C’est lorsque les populations constateront ces changements qu’il y aura l’espoir d’avoir des lendemains meilleurs et la certitude d’un Gabon digne d’envie, probablement à l’abri de la peur et à l’abri du besoin.

Votre mot de fin !

En définitive, il est capital que les Gabonais sachent que notre pays est à la croisée des chemins. Avec la Transition qui s’est ouverte, depuis le 30 août 2023, chacun est appelé à s’investir, pour la restauration de nos Institutions. De mon point de vue, cette restauration doit préalablement viser un changement des mentalités. Car, comme l’a dit François Rabelais, « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Nous ne devons donc pas perdre de vue que ce sont les femmes et les hommes qui font les lois et les Institutions. Alors, puisque ce sont eux qui gèrent l’Etat et qui appliquent les lois, alors, ne perdons pas de vue que notre façon de faire doit désormais être soumise à la moralité, pour éviter les débordements, les exactions, les dérapages et les abus.

Par ailleurs, je demande aux sympathisants et aux militants du 7MP, ainsi qu’à tous les Gabonais, de se mobiliser davantage, pour la réussite de la Transition. Le Gabon, ce pays juteux, qui est aujourd’hui le 5e pays le plus riche d’Afrique, est notre bien commun. Ce n’est pas la propriété privée de certains. Chacun a donc le droit et le devoir de réclamer et d’obtenir sa part de cette richesse. C’est pourquoi, il faut que chacun s’intéresse à tous ce qui se fait, dans le pays, et s’implique dans la gestion des affaires publiques.

Je termine mon propos, en vous disant Merci et félicitations, pour le bon travail que fait l’ensemble des équipes de votre journal. Que le Bon Dieu vous fasse grâce d’avoir la juste rétribution de vos efforts ! Qu’il bénisse la Transition et qu’il bénisse le Gabon !

Interview réalisée par Elzo Mvoula

 

Article du 21 février 2024 - 8:01pm
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