Gabon : « L’amateurisme, l’improvisation et le pilotage à vue sont la marque de fabrique du ministère de l’Éducation nationale »

Par Brandy MAMBOUNDOU / 05 sep 2022 / 0 commentaire(s)

 

C’est le triste constat par Marcel Libama, enseignant et membre de la société civile. Lequel soutient qu’ « il n’y aura pas de rentrée scolaire ». Et de poursuivre « pour que celle-ci ait lieu, il faut un enseignant dans chaque classe le 5 septembre 2022. Or, ce ne sera pas possible ».

Gabonclic.info : Êtes-vous pour la reprise des cours ce lundi 5 septembre ?

Je tiens tout d’abord à vous remercier pour l’intérêt que vous portez à ma modeste personne en m’offrant l’opportunité de m’exprimer sur la rentrée scolaire, voulue par nos dirigeants. D’entrée, je suis formel : il n’y aura pas de rentrée scolaire. Pour que celle-ci ait lieu, il faut un enseignant dans chaque classe le 5 septembre 2022. Or, ce ne sera pas possible. Vous pouvez compter sur la détermination des enseignants à poursuivre leurs vacances comme d’habitude. Ce n’est qu’après le 25 septembre qu’on pourra parler véritablement d’une rentrée scolaire. Il faut être réaliste, le Gabon ce n’est pas la France où début septembre on peut trouver un enseignant dans chaque salle de classe.

Quel manager avons-nous, ou de quelle organisation disposons-nous pour réussir une telle prouesse ? Sauf à considérer que les images que va produire Gabon Télévision ce soir traduisent la réalité, nous allons, comme un seul homme, boycotter cette rentrée scolaire anticipée qui n’obéit pas au rythme scolaire. C’est inadmissible, c’est indigne pour un pays qui se dit démocratique d’anticiper une année scolaire pour des raisons politiciennes. Ce boycott sera d’abord la résultante de l’amateurisme et du pilotage à vue qui ont toujours caractérisé nos gouvernants. Je le répète, le Gabon ce n’est pas la France, nous n’avons pas la même réalité. Donc nous ne pouvons pas vivre la rentrée le même jour, nous avons besoin de plus de temps et c’est ce que nous exigeons du gouvernement.

Pensez-vous que le ministère a bien préparé la rentrée des classes ?

L'amateurisme, l'improvisation et le pilotage à vue, comme je le disais, sont la marque de fabrique du ministère de l'Éducation nationale. Nous n'avons aucun outil sérieux de pilotage de notre système éducatif, d'où toutes ces catastrophes. Figurez-vous que les mutations, les affectations et la liste des manuels scolaires ont été publiées à la fin de la période de rentrée administrative. Franchement, est-ce que c'est sérieux quand on sait que les commissions d’affectations et de mutations se sont tenues depuis. Mais comme à l'Éducation nationale c'est tout le monde qui nomme, chacun veut son protégé comme chef d'établissement dans sa localité au nom du village à l'école. Chacun est chef d'établissement dans son village. C'est pourquoi, vous ne verrez plus un Koumba proviseur du lycée Eugène Marcel Amogho. Il est impossible d'organiser une rentrée scolaire dans un grand lycée en cinq jours. La norme au Gabon c'est au moins quatorze jours. L'absence de budget aujourd'hui fait encore que les chefs d'établissements sont contraints de faire du racket auprès des parents pour se doter d’un semblant de budget de fonctionnement.

Le ministère ferme les yeux sur ces pratiques comme à la police et la gendarmerie. Les parents payent le prix fort de cette faillite de l'État. Quand on organise un concours interne des enseignants, il faut prévoir les remplaçants, ce n'est pas le cas. Manque d'enseignants et de personnel d'assistance : psychologues, assistantes sociales, surveillants et conseillers en vie scolaire. C'est difficile pour les parents de famille nombreuse d’organiser la rentrée scolaire avec le seul salaire du mois d'août. La réalité de notre pays recommande d'envisager la rentrée après le 25 septembre, comme au Congo par exemple. Quel est ce pays où chaque ministre vient avec son calendrier scolaire ? En France par exemple, la rentrée c'est le premier mardi du mois de septembre, quels que soient les gouvernements. C'est ridicule de changer les rythmes scolaires en raison d'une élection qui va se dérouler en fin août 2023. Je pose la question de savoir quel danger il va y avoir en juin juillet pour justifier une rentrée anticipée. Le ministère de l'Éducation nationale devrait commencer par y répondre.

Dans les conditions actuelles, les enseignants ne sont donc pas prêts ?

Personne n'est prêt pour cette rentrée scolaire, y compris le ministère. D'où notre appel au boycott. Les enseignants comme les parents d'élèves ne sont pas prêts pour cette rentrée scolaire. Pensez-vous qu'un enseignant ou un chef d'établissement de Libreville qui a été informé de son affection à Sucaf ce week-end, pourra se rendre, à ses frais propres, dans sa classe le lundi 05 septembre ? Pensez-vous qu'un parent d'une famille nombreuse peut boucler la rentrée avec le seul salaire d'août ? Ne demandons pas l’impossible. Nous invitons donc le gouvernement à revoir sa copie. 

Je vous remercie

Propos recueillis par Randy Louba

Article du 5 septembre 2022 - 6:37am

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