Mali : Le président de la Maison des artisans de Bamako appelle à l'aide

Par Brandy MAMBOUNDOU / 06 fév 2024 / 0 commentaire(s)

 

Mamadou Sow a lancé un appel à l'aide pour le secteur de l'artisanat au Mali. Dans une interview accordée à l’équipe de Gabonclic.info, il a dénoncé les difficultés auxquelles sont confrontés les artisans, notamment depuis le déclenchement de la crise sécuritaire de 2012.

Gabonclic.info : Pouvez-vous nous présenter la Maison des artisans, ses missions et ses objectifs ?

Mamadou Sow : La Maison des artisans du Mali remonte à 1933, sous le nom de l'École artisanale du Soudan (actuel Mali). Cette école avait pour objectif la formation des artisans soudanais. En 1948, l'école prend le nom de la Maison des artisans du Soudan et avait toujours les mêmes objectifs. Ainsi, après l'indépendance, avec la loi n°63-98/ANRM du 30 décembre 1963, la Maison a changé de nom pour devenir l'Institut national des arts (INA). La loi n°86-93/ANRM du 20 juillet 1986 porte la création de la Maison des artisans du Mali, différente de l'Institut National des Arts, une école d'art. Initialement rénover pour contenir 534 artisans en 1994, actuellement, elle compte plus de 1250 personnes, soit une moyenne de 14 artisans par souk composé de chefs d'atelier, assistants, compagnons et apprentis. La Maison des Artisans de Bamako a une triple mission : organiser les artisans pour une production compétitive et l'écoulement des produits ; stimuler la création, l'apprentissage, la formation et le développement économique ; assurer la formation et le perfectionnement des artisans et opérateurs culturels. Elle regroupe toutes les réalisations en fonction de leur provenance. Elle est très visitée par les touristes. Que ce soit les statuettes, les masques, les gris-gris, les instruments de musique, les sandales ou les bijoux, l'artisanat malien a connu un véritable regain de popularité grâce à son originalité, à sa valorisation et à sa qualité. Ainsi, l'artisanat malien orne des résidences dans le monde entier et présente lors de défilés de mode de grands créateurs.

Quelles sont les difficultés auxquelles la Maison des artisans est confrontée ?

Nous avons trouvé des énormes difficultés au niveau de la Maison des artisans de Bamako. Depuis le déclenchement de la crise sécuritaire de 2012, nous sommes confrontés à des nombreuses difficultés. Ici, nous avons plusieurs corps de métiers. Il n’y a pas que des bijoutiers, il y a aussi des cordonniers, les sculpteurs des statuts et bien d’autres. Les sculpteurs de statuts sont les plus touchés par la crise. Depuis le début de la crise, ils n’ont pratiquement plus de marchés. Au Mali, nos produits ne sont pas consommés par la population locale, seuls les produits des bijoutiers sont un peu consommés. Ce sont les femmes qui achètent nos bijoux à l’occasion des célébrations des mariages et autres fêtes. C’est pourquoi les bijoutiers n’ont pas senti trop les difficultés comme les autres corps de métiers au niveau de la Maison des artisans de Bamako.

Quelles sont vos relations avec les autorités actuelles ?

À notre arrivée, nous avons été reçus par le ministre de l’Artisanat. Nous avons échangé sur beaucoup de choses. Malheureusement, lors du dernier Salon international de l’artisanat, nous avons cherché à rencontrer le ministre sans succès. Son cabinet a mis le pied là-dessus. Il faut reconnaitre que c’est ici la grande Maison des artisans du Mali, c’est la plus vieille maison parmi toutes les maisons des artisans du pays. Organiser un événement sur l’artisanat du Mali sans la Maison des artisans de Bamako, c’est impossible. Le CNAM, APCNAM ont tous été créés ici à la Maison des artisans du Mali. La Maison des artisans de Bamako est écartée par ces derniers. Nous demandons à l’Etat de reconsidérer la Maison des artisans de Bamako. Selon le Président de la Transition, le Colonel Assimi Goita, s’il échoue, c'est toute la jeunesse malienne qui a échoué. Alors qu’il comprenne que nous sommes aussi jeunes que lui. Donc, qu’il pense aux jeunes qui travaillent dans l’artisanat. Il faut que le Président s’implique directement pour la promotion du secteur de l’artisanat au Mali. Tous les présidents du Mali ont été reçus, au moins une fois, dans notre bureau, le bureau des artisans du Mali. Nous espérons qu’un jour le Président de la Transition, le Colonel Assimi Goita, passera nous voir dans le même bureau. Quand nous prenons le domaine de la Culture, par exemple, ce domaine est presque mort. Si nos artistes tombent malades, il faut le téléthon pour pouvoir les soigner. C’est très honteux. Il faut que cela cesse. Que l’État fasse tout pour que les artisans maliens recouvrent leurs droits. Ces artistes ont tout fait pour le pays, beaucoup n’ont pas été reconnus par l’État à travers des distinctions, comme d’autres qui n’ont presque rien fait pour le pays, mais ils ont tous eu de l’État, c’est injuste. Que l’État veille sur le développement de la culture malienne. Nous voyons que notre département travaille beaucoup pour la promotion du tourisme et il est temps qu’il fasse la même pour la promotion de l’Artisanat et de la Culture. Nous sommes aujourd’hui plus mille personnes au niveau de la Maison des artisans de Bamako. Dans un centre de métier où on peut trouver mille personnes, ce n’est un petit centre.

La maison d’artisans bénéficie-t-elle des formations ?

Nous sommes en difficulté pour la formation. Ces derniers temps, le Maroc nous a octroyée de bourses de formation sur l’Artisanat. Mais les billets allés et retours étaient à notre charge. Nous avons écrit à certains départements ministériels pour chercher de l’aide, mais nous n’avons eu aucune suite favorable. C’est grâce à Fatoumata Batouly Niane que nos jeunes ont participé à la formation au Maroc. Ils étaient trois jeunes à aller suivre cette formation au Maroc. C’est l’État qui doit faire cela pour sa jeunesse. Si l’État n’arrive pas et quelqu’un d’autre le fait, nous ne pouvons que saluer ce dernier. Quel appel avez-vous à lancer aux Maliens ? Nous appelons tous les Maliens qui ne connaissent pas la Maison des artisans de venir pour qu’on puisse surmonter les difficultés ensemble.

Interview réalisée par Hamadoun Alphagalo (de notre correspondant permanent au Mali)

Article du 6 février 2024 - 9:55pm
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