La crise culturelle

Par Brandy MAMBOUNDOU / 28 juin 2022 / 0 commentaire(s)

 

Alors qu'il s'amusait à vouloir me laisser croire que j'étais un garçon d'avenir, le directeur général d'un cabinet d'audit et conseils où je signai mon premier contrat me dit un jour, tu sais Corneille, la crise au Gabon n'est ni économique ni financière, elle est culturelle. 
C'était dans son bureau.

Sur le coup, je ne dis rien, il était imprévisible et supportait mal mes réponses spontanées quitte à me traîter de syndicaliste, voire d'opposant. 
L'autre vérité est que je n'avais pas une nette appréhension du concept de la crise culturelle, au Gabon.

Le temps qui ne pardonne pas tout ce qui se fait sans lui ayant fait effet, au terme d'une longue observation de la société gabonaise, j'ai enfin compris ce que le vieux blanc avait dit à un jeune homme dans un bureau baigné par la façade maritime, un plaisir qu'il m'avait contaminé, j'aime regarder la mer.

Dans son ensemble, la société gabonaise souffre des maux qu'on n'a pas besoin d'écrire en extension au risque de manquer de respect aux contemporains qui heureusement s'en moquent comme de la couleur de leurs premiers caleçons que nombreux n'ont d'ailleurs jamais porté.

Se moquer de l'opinion générale relève malheureusement d'un courage animal à l'instar d'un fauve qui en plein jour s'attaque au bétail devant le berger apeuré. 
Or, l'absence de gêne comme décrite dans la tenue des affaires publiques ou privées relève de la violence manifeste. 
Adhérant à ce club, on aiguise tacitement l'envie du tout pour soi, et rien pour les autres. Ainsi s'est créée la fracture sociale dont aucun pansement ne guérirait quitte à retourner en forêt pleurer aux pieds du vrai Dieu de la terre et du ciel pour avoir un brin de lumière dans une société de plus en plus fermée pour les sans dents. 

Jaloux des acquis sans efforts même si rien n'est sans efforts à condition de donner juste un nom à l'effort d'enrichissement qui à défaut d'un travail difficilement effectif, n'est généralement que le fruit des collusions diverses.

À ce stade, on arbore fièrement l'étiquette sur mesure de "tout puissant. Et désormais, on ne craint ni grand chose ni grand monde. Mieux, l'élémentaire sans besoin de l'enseigner à l'école voudrait dans ces conditions que l'on milite dans un bon parti politique dans les rangs du pouvoir.
À ce niveau, on s'impose à tous sans rien y apporter. Aucun projet d'ordre social ou économique. Or, le chômage des jeunes est grandissant et induisant sur l'insécurité avec des braquages endémiques, la prostitution à grande échelle sans rapport d'âge, parce que ventre affamé n'a pas d'âge. 

En retour, les maladies de près de 40 ans comme le VIH sida quoique détrôné par le COVID 19, font toujours des ravages.
Dans cet abandon dans l'abîme de la fracture sociale, quand le grand nombre qui comprend forcément des bonnes intelligences décide de mettre en place un projet communautaire comme l'adduction d'eau ou d'électricité, lancés dans des ambitions politiques, les faucons en carton dans un élan d'égoïsme et de tribalisme nageront à contre-courant pour réduire ou restreindre le projet à leurs nombrils, parce qu'il leur insupportable d'imaginer que la jouissance s'éloigne de leurs cuisses. 

Il ressort dans ce marasme que la vision du développement est généralement individuelle et non globale. Dans quel système économique réduirait on le développement à l'individu ?

 Cependant, à travers le Gabon, le développement voudrait s'exprimer de manière telle qu'à défaut de repousser les démunis de l'heure vivre à l'ancienne dans la forêt, on érige face à leurs cabanes palais et châteaux pour les défier. Or le défi du développement consiste à tirer tout le monde vers le haut, et non d'écraser les uns.

Cette violence muette est sûrement ce dont voulait me faire état mon ex et premier DG en me parlant de crise culturelle dont les effets à ce jour n'ont plus besoin des rendus du FMI ou de la banque mondiale. Il suffit de regarder le terrain pour couper la crise au couteau.
En substance, la réalisation des rêves n'est pas très probable en terrain de crise culturelle.

 Corneille OLLOMO EKOGA

Article du 28 juin 2022 - 11:19am

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