Gabon : Et si l’on adoptait l’accouchement sous anonymat ?

Par Nicolas NDONG ESSONO / 25 mai 2021 / 0 commentaire(s)
L'accouchement sous anonymat est de nature à éradiquer le phénomène des nouveau-nés abandonnés.

A chaque découverte d’un nouveau-né abandonné, qu’il soit mort ou vivant, les Gabonais ne sont pas ménagers de leur indignation. La justice, de son côté, applique la loi dans toute sa rigueur. Mais passé le temps de l’indignation et des procès, rien de significatif n’est entrepris pour éradiquer le phénomène. Occasion d’envisager l’hypothèse de l’accouchement sous anonymat, autrement appelé l’accouchement sous X.

Les derniers cas en date à avoir défrayé la chronique sont la femme qui a tué à coups de gourdin l’enfant qu’elle venait de mettre au monde à la maternité d’Akiéni (Haut-Ogooué) et la lycéenne condamnée à six ans de prison par le tribunal d’Oyem pour avoir abandonné son nouveau-né dans une forêt jusqu’à ce qu’il en meure. En général, les coupables de cette ignominie la justifient par le manque de moyens, le dénuement, la précarité. Il est vrai que les allocations familiales s’élèvent à 7 000 FCFA par mois et sont payables par trimestre. Il est aussi vrai que la solidarité familiale africaine a quasiment vécu.

Alors, les organisations de défense des droits de l’enfant devraient monter au créneau, en se lançant dans un lobbying auprès du ministère des Affaires sociales et/ou du Parlement, afin qu’un projet de loi ou une proposition de loi portant accouchement sous anonymat voie le jour le plus rapidement possible. Ce dispositif juridique a fait ses preuves sous d’autres cieux.

Une femme donne naissance sans l’obligation de décliner son identité et renonce ainsi à ses droits sur l’enfant au profit de l’Etat, qui le prend aussitôt en charge. On sauve une vie humaine et on épargne à la société le spectacle désolant des nouveau-nés découverts morts dans une poubelle ou dans un bosquet. L’enfant né sous X peut être placé dans une famille d’accueil, en vue d’une adoption, ou dans une structure publique ou privée bénéficiant de financements publics.

L’argument fondé sur les moyens de contraception ne peut plus tenir la route. Ni celui sur l’existence de centres de sensibilisation à la santé sexuelle et de la reproduction, financés pour la plupart par le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA). Ce dispositif a montré ses limites. Il n’est pas venu à bout du vieux phénomène des nourrissons abandonnés.

Tout comme la promotion de l’égalité homme-femme, la loi sur l’accouchement sous anonymat est de nature à positionner le Gabon parmi les pays dans l’air du temps. Et ce n’est pas rien dans la marche du monde.

 

Dess BOMBE

 

Article du 25 mai 2021 - 1:30pm

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