Gabon : Les magistrats agitent le spectre d’une grève

Par Brandy MAMBOUNDOU / 06 jan 2022 / 0 commentaire(s)
Germain Ella Nguema (au centre), président du Synamag deplore la situation dramatique du pays.

Au terme de leur assemblée générale ce mercredi 5 janvier 2022, les adhérents du Synamag ont dénoncé leurs conditions de travail « critiques », la précarité des Gabonais, le Corona-business. Fait inédit, sans prendre les gants, ils ont pointé la tendance des dirigeants du Gabon à « voler, détourner, se servir à ciel ouvert, s'enrichir au maximum ».

Les prochains jours s'annoncent plutôt complexes du côté des hommes en toge. Passage en revue de la situation : carrière toujours au point mort ; aucune dotation en matériel roulant ; situation salariale en accordéon ; pas de prime judiciaire ; aucune valorisation de la pension retraite et tout le saint-frusquin. Au-delà de cette corporation et d’une manière générale, les conditions de vie au Gabon ne cessent de se détériorer, chaque jour que Dieu fait. 

A ce titre, Germain Ella Nguema, président du Syndicat national des magistrats du Gabon (Synamag) a, lors de l'Assemblée générale qui marquait la reprise des activités du bureau de cette formation syndicale le mercredi 5 janvier 2022, fustigé cette situation. Non sans pointer les manquements du système judiciaire dans notre. En principe, le signe de la justice avec, entre autres, sa balance, symbolise l'équité. Cette balance devrait normalement faire référence à l'idée d'équilibre et de mesure. C'est-à-dire, procéder à la conciliation et l'apaisement des intérêts en conflits et départager chacun en pesant le pour et contre. 

Or, depuis bientôt plusieurs années, cette belle fonction semble avoir perdu ses lettres de noblesse. Le peuple ne se reconnaît plus dans certaines décisions de justice. Un climat de défiance et de méfiance s’est installé entre les magistrats et les justiciables. Que dire des conditions de travail des magistrats ? En effet, pour le Synamag, la responsabilité de cet état de fait incombe aux pouvoirs exécutif et législatif qui se seraient « taillés la part du lion de ce pays, réduisant le pouvoir judiciaire à la mendicité. Il faut attendre les périodes électorales pour que les plus hautes autorités de ce pays reconnaissent la prééminence du pouvoir judiciaire dans l’apaisement des tensions sociales. Vous entendrez clamer haut et fort, devant les médias venus du monde entier dire, que le Gabon est un pays de droit, que la Justice gabonaise et indépendante », dénoncé Germain Ella Nguema devant la presse. Avant d'indiquer que pendant ce temps, aucune voiture de service n'a été remise à leur département ministériel depuis onze longues années, aucune prime n'a vu le jour. Par contre, ils peuvent assister à la prise d'une ordonnance jugée '' inique'' et préjudiciable à la bonne administration de la Justice.

Les membres du gouvernement ne sont là que pour défendre leur propre intérêt.

Avec autant de richesses, les populations Gabonaises devraient avoir des meilleures conditions de vie. On devrait de ce fait assister à une répartition des richesses équitable en fils et filles de ce pays. Malheureusement, fort est de constater le fossé qui existe entre les gouvernants et les gouvernés. À cette incompréhension, Germain Ella a pointé du doigt les membres du gouvernement qui ne travailleraient que pour leurs propres intérêts. « Les membres du gouvernement ne sont là que pour défendre leur propre intérêt. L'amélioration des conditions de vie de la population ne fait pas partie de leur programme gouvernemental. Voler, détourner, se servir à ciel ouvert, s'enrichir au maximum. Tel est leitmotiv de nos dirigeants », a-t-il lancé. À quoi sert véritablement la commission nationale de lutte contre l'enrichissement illicite quand la matérialité de détournement dans ce pays est frappante ? Combien de ministres doit-on mettre en prison pour comprendre que ces gens-là, une fois nommés ne pensent qu'à se servir et non servir le pays ? Des questions qui taraudent les esprits des magistrats, mais qui pour le moment n'ont obtenu aucune réponse de la part de l'exécutif.

Aujourd'hui, l'actualité politico-judiciaire du Gabon, ces derniers jours pourrait ressembler à un film tout droit sorti d'Hollywood avec comme réalisateur le gouvernement de la République contre son peuple. La situation sanitaire du pays serait loin d'être particulière. Le monde entier est secoué par cette pandémie. En Afrique, plus particulièrement, certains s'en sortent bien que mal. La vie a presque repris normalement. Sauf qu'au Gabon, « la crise sanitaire est devenue une opportunité pour précariser encore un peu plus la population. La sensibilisation et la pédagogie sur les mesures barrières et le port du masque ne rapporte rien financièrement, la réflexion du gouvernement s'est orientée vers l'affairisme. Depuis deux ans les différentes lois de finances prévoir la prise en charge des dépenses liées aux activités du COPIL. Qu'est-ce qui peut justifier l'acharnement du gouvernement à vouloir augmenter les frais de ses différentes prestations ? », a-t-il déploré.

C'est donc fort de ce qui précède, plus précisément le point lié aux dotations de véhicules que Germain Ella Nguema, président du syndicat national des magistrats du Gabon (Synamag), entend déposer un préavis de grève de 15 jours sur la table du ministre de la Justice. Les autres points feront probablement l’objet d’une autre sortie médiatique.

Elzo MVOULA

Article du 6 janvier 2022 - 12:39pm

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