Jean Rémy Yama : « Ceux qui pensent appartenir au camp du plus fort peuvent demain perdre tous les avantages et se retrouver à la rue »

Par Brandy MAMBOUNDOU / 16 nov 2021 / 0 commentaire(s)

L’avertissement gratuit émane du président de Dynamique unitaire qui, dans l’interview ci-après, interpelle les tenants du pouvoir actuel à comprendre que rien sur cette terre des Hommes n’est éternel. Et que subséquemment, le pouvoir est fait pour rendre les autres heureux et non les dominer. Au reste, tout en déplorant le manque de « cohérence gouvernementale », cet enseignant d’Université, à titre personnel, conscient de la forte tension dans le pays, lance un profond cri de cœur à toutes les filles et à tous les fils de cette Nation à s’unir pour bâtir « des fondements d’un Gabon fort pour les générations futures ». Lecture !

Gabonclic.info : Jean Ping, Guy Nzouba, Barro Chambrier, Eyeghe Ndong..., chacun avec ses mots, décrit une atmosphère explosive au Gabon. Etes-vous d'avis ?

Jean Rémy Yama : Ce constat fait par des hommes politiques de l’opposition peut laisser penser que cela relève du débat politique permanent majorité-opposition, et pourtant il y a également des membres de la majorité présidentielle qui pensent la même chose. Le pays va mal, chacun de nous le sait. Plusieurs secteurs sont en ébullition tandis que dans les autres, les grèves couvent. Toutes les revendications ne concernent que les droits acquis et aujourd’hui bafoués. Notre pays est en train de sombrer, nos missions diplomatiques à l’étranger sont la risée d’autres pays africains. A chaque étape de notre descente aux enfers on pense avoir touché le fond pour constater à nos dépens que l’on progresse dans les abysses. Ayons l’honnêteté d’identifier l’origine de cette débâcle. Ayons ensuite le courage d’y apporter les solutions qui nous ramèneront à une situation normale. Il s’agit d’un problème de gouvernance politique au sommet de l’Etat. Lorsque « Les dix » du groupe AGIR pour le Gabon avaient demandé une expertise pour voir si le président de la République, après son AVC, avait les capacités de diriger le pays, on les a fait tourner en rond. Le fait de n’avoir pas répondu favorablement à cette demande légitime prouve que le bateau Gabon n’a plus de commandant à son bord. Il existe maintenant plusieurs centres de pouvoir et les actions de chaque centre sont tournées vers le « comment de la prise de pouvoir » tout en œuvrant à chercher à éteindre les autres centres de pouvoir concurrents. Il n’y a plus de cohérence gouvernementale. Ceux qui pensent appartenir au camp du plus fort peuvent demain perdre tous les avantages et se retrouver à la rue. Tous les pouvoirs sont éphémères et peuvent s’écrouler comme un château de cartes.

Concrètement comment faire pour que le Gabon soit un espace de paix contrairement à l’environnement violent dans lequel nous vivons actuellement ?

Ce sont les images récentes de « l’enveloppe » du président, chez le président de la République française, Emmanuel Macron, qui sont à l’origine de ma réaction. C’est parce que lorsque la situation sera hors contrôle, et si elle explose, personne ne sera épargné, notre pays risque de tomber dans des abîmes que j’appelle avec force à un sursaut patriotique, à l’unité des filles et fils du Gabon pour sauver la République. Je vais reprendre l’intitulé de l’ONG de Ghislain Malanda « sauvons la République ». Oui, j’appelle ces hommes et ces femmes qui ont construit ce pays, ceux qui nous ont fait rêver et qui souffrent au plus profond d’eux de cette situation déshonorante de notre grand Gabon, dont la prononciation du nom inspirait honneur et respect sur le plan international. Unissons-nous, parlons ensemble, bâtissons des fondements d’un Gabon fort pour les générations futures. Nous sommes un seul peuple, une seule famille. Par les  

liens de mariage, nous sommes entremêlés les uns aux autres. Taisons nos querelles, pensons à nos enfants, nos petits-enfants, les générations futures. Cet appel s’adresse aux femmes et aux hommes de la société civile plurielle, de la majorité et de l’opposition. L’accumulation des richesses n’est pas une garantie fiable pour mettre à l’abri vos descendants. Construisons un Gabon fort dans lequel chacun aura sa place. Chers aînés, chers compatriotes, j’appelle également à l’unité de toutes les générations pour bâtir les fondements du Gabon pour des siècles et des siècles. Vous qui avez façonné ce pays, quelle que soit l’appréciation qu’on a de votre œuvre, ceux qui ont fait du mal hier peuvent faire du bien aujourd’hui, comme ceux qui font du bien aujourd’hui demain ils peuvent faire du mal. Le Gabon a besoin de tous ses enfants qu’ils soient de la majorité présidentielle, de l’opposition ou de la société civile. J’interpelle personnellement ses femmes et ses hommes parmi lesquels, Ossouka (que j’ai rencontrée quand elle était aux Finances. Elle a énormément contribué au projet de la cité des enseignants à Agondjè), Faustin Boukoubi (qui a traversé les âges, il en sait plus qu’il ne le montre), Marie Madeleine Mborantsuo, Noël Mata (qui a un savoir et une connaissance inégalée dans son domaine), Paul Biyoghe Mba (qui est un grand penseur et idéologue à l’origine dit-on du slogan de campagne du PDG « Le nouvel élan »). Ils sont nombreux et je ne peux les citer tous.

Dans l’opposition, je pense à nos anciens, Zacharie Myboto, Jean Ping, Ntoutoume Emane, Nzouba Ndama, Bengone NSI, Essono Mengue, Eyeghe Ndong, la génération intermédiaire, Chambrier, Ngoulakia etc… et la relève, Moulomba Richard, Nicolas Nguema, Leyama Jean Valentin, Noël-Bertrand Boundzanga etc…. L’unité à laquelle j’appelle, personne ne doit venir avec son passé et exigé quoi que ce soit, car c’est ce passé qui nous divise à travers les actes que les uns et les autres ont posés. On ne considère que le Présent et on construit l’Avenir. On construit ensemble les soubassements d’un Gabon solide qui vivra des siècles et des siècles. Une fois les fondements installés, chacun repart dans sa chapelle pour mener ses activités.

Vous appelez à l’unité, au sursaut patriotique, au rassemblement est ce que vous serez entendu et concrètement, comment vous voyez la suite ? Est-ce une nouvelle conférence nationale ?

Je lance un appel, c’est à DIEU de faire le reste et toucher le cœur des uns et des autres. Nous sommes Ses créatures et Il a un plein contrôle sur nous. Il est vrai que cette graine plantée ne germera pas chez certains. Cet appel peut revêtir plusieurs formes dont celle d’une conférence nationale. Chaque acteur appréciera mon appel. Il vient du plus profond de moi et n’obéit ni à la volonté d’une main invisible ni à celle d’un quelconque enrichissement.

En quoi cet appel est différent de « la paix des braves » à l’initiative de feu Christian Mavioga ?

Je ne connaissais ni les tenants ni les aboutissants de son dialogue ; l’appel que je lance est sous la forme d’une sonnette d’alarme. Nous avons deux voies : la première c’est d’être spectateur de notre descente aux enfers jusqu’à atteindre des pressions insupportables qui conduiront à l’implosion qui peut faire de nous tous des victimes. La deuxième voie c’est d’appeler à l’unité de ceux qui sont lucides parmi les femmes et les hommes de la majorité, de l’opposition et de la société civile pour marquer un coup d’arrêt et redessiner les contours de notre pays. Il est également clair que la mise en musique d’une telle initiative ne peut se faire sans l’implication du pouvoir. Si toutes les parties sont d’accord, alors la société civile peut piloter une telle initiative. Ce qui serait logique, car ceux qui aspirent au pouvoir c’est la majorité et l’opposition, la société civile vient arbitrer. Certains pays ont choisi ce modèle. Dynamique Unitaire, dans le rôle de

témoin actif, peut porter un tel projet avec toute la société civile gabonaise. Pour ma part les soubassements dont il est question tourneraient autour de deux piliers : la constitution et le code électoral.

Vous avez signé avec certains leaders de la société civile d’une charte pour la mise en place d’une large coalition et l’unité de toutes les forces vives. Cela ne fait pas beaucoup ?

Ne pas confondre cette coalition soutenue par Dynamique Unitaire, qui a un objectif clair : « barrer la route au Gouvernement par rapport aux mesures privatives des libertés liées au COVID19 en rendant la vaccination obligatoire ». Le Gouvernement peut reculer demain pour mieux sauter, car ses intentions n’auront pas changé. Alors que là, il est question de régler définitivement ses errements et cet esprit de vertige qui anime nos dirigeants par la prise des mesures insensées. Je tiens à rappeler qu’il s’agit d’une initiative privée qui n’engage que Jean Rémy Yama.

Mot de la fin

Merci à votre média pour m’avoir donné l’occasion d’exprimer ce que j’avais au plus profond de moi. J’aime mon pays, je ne me sentirais jamais mieux ailleurs que dans mon pays. C’est pourquoi, malgré la persécution, la calomnie, je n’abandonnerai jamais mon pays. Si vous avez le pouvoir contre vous, lui qui a des moyens illimités, il n’y a que DIEU pour vous sauver et vous protéger. Cette persécution trouve son origine dans des propos mensongers selon lesquels je serais candidat à la prochaine élection présidentielle. L’objectif du pouvoir étant d’éliminer tous les potentiels candidats crédibles. En 2016, les mêmes rumeurs avaient circulé. Par ma propre volonté je puis vous garantir que je ne serais pas candidat à la prochaine élection présidentielle. Mon rêve est de prendre ma retraite dans 3 ans et d’aller dans mon village poursuivre les œuvres agronomiques de mon défunt grand frère. Je pourrais peut-être prétendre à être chef de village ou chef de regroupement dans une moindre mesure chef canton. Je défendrais toujours l’idée selon laquelle il faut donner le pouvoir à ceux qui ont choisi de faire la politique. Les syndicats, la société civile et l’opposition constituent des contre-pouvoirs chacun selon son champ de compétence. J’ai choisi mon couloir pendant ma période d’activité, c’est le syndicat.

Propos recueillis par Brandy MAMBOUNDOU

Article du 16 novembre 2021 - 11:44am

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