Vivre ensemble : « Les Gabonais doivent se parler », mais sans trahir les Gabonais.

Par Nicolas NDONG ESSONO / 10 juin 2021 / 0 commentaire(s)
L'avenir nous dira si la rencontre entre le président de la République et Jean Eyeghé Ndong est profitable pour les Gabonais.

De prime abord, il n’y a rien d’anormal dans la rencontre, ce 9 juin, entre le président de la République, Ali Bongo Ondimba, et l’opposant Jean Eyeghé Ndong, un des principaux soutiens de Jean Ping à la présidentielle de 2016 et une des figures de proue de la Coalition pour la Nouvelle République. Rien, absolument rien, n’interdit des entrevues entre l’exécutif et l’opposition, si elles ne se font pas au détriment des Gabonais, si elles ne débouchent pas sur des arrangements d’arrière-boutique. Les Gabonais attendent donc la finalité de la rencontre, abondamment relayée par tous les canaux d’information, entre l’ancien Premier ministre et son ancien ministre de la Défense devenu chef de l’Etat.

Jean Eyeghé Ndong va-t-il regagner le Parti démocratique gabonais (PDG), dont il a été un des vice-présidents sous le président Omar Bongo ? Dans quel intérêt, après l’avoir quitté avec fracas en 2009, à la mort d’Omar Bongo, après l’avoir combattu de façon virulente au sein de l’Union nationale, un parti créé par d’anciens hauts cadres du PDG ? Il est vrai que l’idée d’un rassemblement des « fils spirituels d’Omar Bongo » fait son chemin. Les anciens ministres René Ndemezo Obiang et Frédéric Massavala Maboumba, un temps dans l’opposition, y ont adhéré en réintégrant les rangs du PDG. Le premier a même sabordé sa formation politique, Démocratie nouvelle.

A la sortie de l’audience que lui a accordée le président de la République, à la demande de l’ancien Premier ministre, Jean Eyeghé Ndong s’est borné à dire, avec raison, que « les Gabonais doivent se parler ». S’agissait-il alors d’un entretien préalable à la concertation pour faire « la paix des braves » tant souhaitée par bon nombre d’acteurs politiques ?

Dans ce cas, Eyeghé Ndong a-t-il pris le soin de consulter son ami Jean Ping avant de solliciter l’audience auprès du chef de l’Etat ? Or, revendiquant toujours sa victoire à la dernière présidentielle, Ping est farouchement opposé à « la paix des braves ». Tout comme l’ancien Premier ministre Jean-François Ntoutoume Emane, approché également à l’effet de participer au rassemblement des « fils spirituels d’Omar Bongo ».

Parce qu’elle interviendra, si elle a lieu, après plusieurs concertations qui n’ont pas eu un grand impact sur le développement du pays et la résolution des leurs problèmes, « la paix des braves » ne semble pas emballer les Gabonais, contrairement à l’effervescence observée à la veille de la conférence nationale, en 1990. Le dialogue d’Angondjé, en 2017, au lendemain de la présidentielle, est la dernière grand-messe politique en date.

L’opinion semble n’en avoir retenu que la nomination de Pierre Claver Maganga Moussavou au poste de vice-président de la République et celle de René Ndemezo Obiang à la présidence du Conseil économique, social et environnemental, sans oublier les gouvernements d’ouverture qui ont suivi, comme après la conférence nationale et les accords de Paris, en 1994, là également au lendemain d’une élection présidentielle (décembre 1993) problématique. Entre-temps, les systèmes sanitaire et éducatif et le réseau routier à travers le pays, pour ne citer que ces secteurs, n’ont pas connu des bonds qualitatifs. La rencontre politique de 2011 qui a accouché de la biométrie n’a pas assuré des lendemains électoraux calmes.

Si l’on accorde le bénéfice du doute à « la paix des braves », la concertation sera-t-elle réellement inclusive ? Trop de compatriotes ont choisi le chemin de l’exil, pour diverses raisons. L’idée de « la paix des braves » comporte le risque d’aggraver la suspicion vis-à-vis de la classe politique, qui donne l’impression de rouler pour elle-même, de se servir des Gabonais comme de simples tremplins.

En acceptant de recevoir l’opposant Jean Eyeghé Ndong, le président de la République a pris le risque d’une alternative : installer durablement le discrédit de la classe politique ou convaincre que les acteurs de camps opposés peuvent travailler au bien-être des Gabonais. Il n’y a pas de vérité que le temps ne révèle.

 

Brandy MAMBOUNDOU

 

Article du 10 juin 2021 - 3:26pm

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